Un reportage de Claire Martin, à Santiago, au Chili

Sebastien Pinera, Président de la République chilien : « Afin de pouvoir continuer à produire l’énergie nécessaire pour illuminer nos villes et nos villages, et pour alimenter nos industries, nous devons augmenter notre production actuelle de 60 % dans les huit ans à venir »

Chili, région de Aysen, Cochrane
Chili, région de Aysen, Cochrane © jpazam

Pour participer à l’effort, le président chilien Sebastian Pinera a lancé un projet de loi, en ce moment en discussion au Parlement.

Il s’agit d’une autoroute publique électrique, en clair d’une énorme ligne à haute tension qui traversera un quart du Chili. Elle unira Santiago à Puerto Montt, à 1000 km plus au Sud.

Et ce projet polémique génère une levée de boucliers dans le pays, car cette ligne ne serait pas destinée à améliorer le réseau électrique du pays, mais à soutenir un projet de centrale, rejeté par près de 70 % de la population.

L’autoroute publique électrique a toutes les apparences d’un bon projet. Elle pourrait améliorer la transmission d’électricité. En effet, le pays a connu plusieurs black-outs ces dernières années.

Mais ses détracteurs la soupçonnent de n’être en fait qu’une aide directe à HidroAysen, un projet de 5 centrales hydroélectriques en pleine Patagonie, une région encore vierge et sauvage au Sud du Chili.

Elles alimenteraient l’industrie minière située à l’autre bout du pays, d’où la nécessité d’une ligne à haute tension de 2400 km passant par 6 parcs nationaux, 85 réserves naturelles, et par des territoires indiens. Cette autoroute publique lui permettrait donc de n’avoir plus qu’à atteindre Puerto Montt, situé à 800 km de distance, pratiquement inhabités.

L’écologiste Juan Pablo Orrego de l’association Ecosistemas : « Il existe au Chili un dogme depuis la dictature qui dit que tout doit être privatisé. Dans le secteur énergétique, on a privatisé la production, la distribution et la transmission à 100 %. Pour la première fois, on voit un gouvernement de droite disposé à rompre ce dogme sacro-saint pour lever l’obstacle qui paralyse le projet Hydroaysen, celui de la transmission. C’est difficile à expliquer puisqu’en soi, cette autoroute publique paraît une bonne chose. Mais dans ce cas, elle est faite sur mesure pour HydroAysen. Cette entreprise aurait du négocier avec 3000 propriétaires. Et en plus, négocier avec l’Etat le passage des lignes à haute tension dans les parcs nationaux, les aires protégées, etc. Si c’est l’Etat qui impose le tracé, il n’y a plus de problèmes, il n’y a plus de négociation possible. »

L’autoroute sera financée et construite par une entreprise privée.

Le journaliste Raul Sohr : « On dit de l’autoroute qu’elle est publique parce que le gouvernement veut la déclarer d’utilité publique. Ce qui signifie que l’autoroute primera sur n’importe quelle autre législation. »

HidroAysen est le plus gros projet électrique du Chili. Elle produirait 2750 méga watts. Un projet pharaonique considéré comme vital par le gouvernement, absurde par les écologistes. Il pourrait détruire la Patagonie.

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