Un reportage de Marielle Vitureau, à Alytus, en Lituanie

Algis :

Je ne m'en cache pas. Je récupère souvent une voiture accidentée qui vient de France ou d'Allemagne, je la répare sur mon temps libre et je la revends au prix du marché. Ainsi, je peux gagner quelques centaines d'euros. Si ce business n'existait pas, beaucoup de gens n'auraient aucun revenu. __

les immatriculations de voitures neuves en recul de 12,2% en février
les immatriculations de voitures neuves en recul de 12,2% en février © reuters

En Lituanie, Alytus est une ville qui vit en grande partie de la transformation de voitures accidentées, souvent bricolées comme l’explique Algis.

Conséquence : la mortalité routière est élevée dans le pays, avec 100 morts pour un million d'habitants, soit deux fois plus qu’en France.

Une loi a donc été adoptée pour tenter de couper la route à ces véhicules et un magazine local a mené une expérience pour que les Lituaniens prennent conscience du problème.

C'est une expérience qui va peut-être marquer l'histoire de la sécurité routière en Lituanie. Une voiture découpée en 8 morceaux, ressoudée et lancée à tout juste 64 km/h contre un mur. Le constat est sans appel : tous les occupants sont morts et la voiture s'est démembrée.

Renaldas Gabartas, l'un des journalistes à l'origine de cette expérience :

Est-ce que les Lituaniens sont des conducteurs complètement fous ou est-ce que ce sont les voitures qui ne correspondent pas aux normes de sécurité ? Le marché des voitures d'occasion est très développé dans le pays. Pour une voiture neuve, on compte 20 voitures d'occasion. Nous avons donc voulu évaluer l'importance du facteur technique dans les accidents.

Pour marquer les esprits, la voiture accidentée est actuellement exposée dans tout le pays. Ces dernières années, le nombre de victimes reste stable. Nemunas Abukauskas est responsable de la sécurité routière à la direction nationale des routes. Pour lui, la raison est surtout économique :

Beaucoup de familles en Lituanie on des revenus très faibles, elles vont évidemment chercher la solution plus économique, c'est-à-dire acheter une voiture accidentée qui a été rafistolée. Mais en faisant cela, elles mettent la vie des autres en danger. On peut interdire l'importation de telles voitures, mais souvent, les véhicules arrivent en Lituanie pour être théoriquement utilisées pour les pièces détachées, et finalement, ils renaissent ensuite sous d'autres formes.

La Lituanie a l'un des parcs automobiles les plus importants et les plus vieux d'Europe avec 1,7 millions de voitures pour deux fois plus d'habitants. L'année dernière, le pays n'a enregistré que 13.000 immatriculations de véhicules neufs, contre près de 200.000 de voitures d'occasion.

Pour Petras Ignotas, président de l'association des vendeurs de voitures , les autorités minimisent toujours les raisons techniques quand on fait le bilan d'un accident :

Qu'est-ce qui est plus facile d'un point de vue administratif ? Pour pouvoir constater après un accident que le véhicule n'était pas conforme d'un point de vue technique et que l'accident a eu lieu pour cette raison, il faut des spécialistes, effectuer des expertises. Cela coûte de l'argent ! Affirmer que le conducteur ne conduisait pas à la bonne vitesse facilite les choses.

Une loi adoptée en juin cherche à barrer la route à ces véhicules. Ils ne pourront être immatriculés qu'après le résultat d'une expertise technique. Mais tous les acteurs du secteur sont unanimes : la solution serait des incitations fiscales à l'achat de voitures neuves.

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