Je suis drôlement contente que tout soit ouvert…Moi je travaille toute la semaine ; Le soir, j’ai pas la force de faire les courses. C’est vraiment bien que les magasins soient ouverts tout le week-end !

Nous sommes à Budapest et vous venez d’entendre Mariann Fodor, 56 ans, une fonctionnaire. Comme 68 % des Hongrois, elle se félicite que les grands magasins aient réouvert dimanche dernier.

Il y a un an, le gouvernement nationaliste de Viktor Orban imposait leur fermeture. Au grand dam des consommateurs comme Mariann, habitués au shopping du dimanche depuis 25 ans car depuis la chute du communisme, tout était ouvert. Et des employés des grandes surfaces, qui craignaient pour leur poste.

Mais, pour couper l’herbe sous le pied du parti socialiste d’opposition, qui a initié un référendum sur la question – référendum qui risquait de se transformer en plébiscite contre lui - Viktor Orban a décidé que les magasins allaient rouvrir ! Une décision politique plus qu’économique, et qui fait des mécontents… Reportage à Budapest de Florence La Bruyère

manif hongrie dimanche
manif hongrie dimanche © Radio France / Florence La Bruyère

Dimanche 17 avril, le syndicat des employés du commerce (KASZ) manifestait à Budapest devant le Ministère de l’économie contre la réouverture des grandes surfaces. Pourtant l’an dernier, vendeurs et caissières étaient pour l’ouverture dominicale, comme l’explique Maja Kalman, chef de rayon chez Kika, grand magasin d’ameublement.

Les vendeuses touchaient environ 3000 forints de plus par dimanche…. Beaucoup ont eu peur de la fermeture, parce qu’elles allaient perdre ce bonus.

Avec ce bonus de 9.000 forints soit 30 euros par mois, on remplit le frigo familial pendant 5 jours. Et cela compte quand on gagne moins de 300 euros nets mensuels.

Mais depuis la fermeture dominicale, Gabor Ujlaky, père de famille de 43 ans qui travaille chez Auchan, a découvert qu’il y a des choses plus importantes qu’un bonus dans la vie :

C’est vraiment super d’être en famille le dimanche ! On a fait des balades. Pas besoin de planifier les dimanches libres avec l’employeur ! Et puis on a eu une vie sociale normale ! On a pu voir nos amis sans avoir à s’organiser longtemps à l’avance.

En Hongrie, environ 100.000 personnes sont employés par la grande distribution. Szilvia Mellis est déléguée du KASZ, le syndicat des employés du commerce, qui compte 15.000 membres.

Ca nous a surpris : on a fait un sondage parmi nos membres et la majorité a changé d’avis. Ils disent : tant pis pour le bonus, on veut nos dimanches. Ils y ont pris goût. Ils disent : ah, c’est si bon d’être à la maison !

Le problème est que le parlement a simplement abrogé la loi en vigueur. On revient donc à l’ancienne législation très libérale, où l’employeur peut obliger son personnel à travailler le dimanche. Selon cette législation, les salariés travaillaient 3 dimanches sur 4 et avaient un dimanche de repos par mois. Toutefois certains employeurs, par exemple le groupe Auchan, accordaient déjà deux dimanches de repos à leur personnel. Szilvia Mellis :

Nous on veut que les employés aient au moins 2 dimanches de libres par mois. Pour qu’ils puissent organiser leur vie de famille.

Le syndicat demande que le travail dominical se fasse sur la base du volontariat. Et qu’on laisse travailler ceux qui le désirent, par exemple les célibataires ou les travailleurs à temps partiel, qui souhaitent toucher le bonus du dimanche. Le syndicat réclame aussi que les heures soient comptées double ce jour là.

«Personne ne doit être obligé de travailler le 7ème jour de la semaine » assure Zoltan Kovacs, porte-parole du gouvernement. « La loi abrogée la semaine dernière n’est qu’une première phase. Nous attendons le résultat des négociations actuelles entre entreprises et salariés et ensuite nous verrons ».

Selon le Kasz, il existe une manière assez simple de satisfaire les revendications des salariés : il suffirait que le parlement modifie le Code du travail.

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