Un reportage de Nicolas Ropert, dans la région du Logar, en Afghanistan

Philippe Marquis : « Là on est à Mes Aynak. Il y a un petit atelier de restauration où ils travaillent sur les statues et tout ce qui constituait la décoration des différents monastères qui sont en cours de dégagement sur le site . »

Site de Mes Aynak
Site de Mes Aynak © Nicolas Ropert

L’archéologue français Philippe Marquis dirige la DAFA, la mission archéologique française en Afghanistan. Il travaille en ce moment sur le site historique de Mes Aynak. Cette ancienne ville bouddhiste est fouillée depuis 2009 par des équipes internationales et afghanes.

Mais sans doute plus pour très longtemps. Car le 25 décembre prochain, les archéologues devront sans doute laisser la place à une entreprise minière chinoise. En effet, le site historique regorge de cuivre.

Des camions chargent et déchargent des gravats. Nous sommes à une heure de route au sud de Kaboul, dans la province du Logar, au milieu des montages enneigées. C'est ici qu'au IIIème siècle s'est installée une communauté bouddhiste venus pour extraire le cuivre d'un mont. C'est là que travaillent, depuis 3 ans, des archéologues afghans et internationaux. Parmi eux, les français de la DAFA. Nicolas Engel, le directeur-adjoint de la mission archéologique française en Afghanistan.

Nicolas Engel : « Le site de Mes Aynak est particulièrement intéressant puisque c’est une véritable ville. Autour de la mine de cuivre dont on aperçoit seulement maintenant les ouvertures de galeries, s’est développée une ville et autour de cette ville ont été fondés différents monastères. Entre le IIIème et le VIIIème siècle on est en Afghanistan dans ce que l’on appelle la période bouddhique. Mes Aynak permet de couvrir toute cette période-là jusqu’à l’établissement de l’Islam. »

Accroupi au milieu de ce qui était l'une des pièces d'un monastère, Farid, un archéologue afghan et son équipe d'ouvriers. Ils nettoient la zone et découvrent tout un tas d'objets. Mais pour combien de temps encore ? Le ministère afghan des mines avait décidé d'arrêter le chantier le 25 décembre 2012 pour laisser la place à une entreprise minière chinoise. Javed Mossedzadeh, le responsable du projet archéologique à Mes Aynak, plaide pour un délai supplémentaire.

Javed Mossedzadeh : « De toutes façons, il faut continuer le travail. Même si l'entreprise minière doit commencer l'exploitation, il reste encore énormément de chose à faire ici. C'est une décision qui sera prise par les Afghans. Le gouvernement décidera si on continue le travail et combien de temps on continue nos fouilles. »

Mais la richesse historique du site sera-t-elle considérée comme plus importante que le projet minier qui devrait rapporter 100 milliards de dollars ? Philippe Marquis, directeur de la DAFA, estime que les deux visions ne s'opposent pas forcément.

Philippe Marquis : « On ne peut pas parler de conflit. Disons que grosso modo, il y a deux problèmes à résoudre ou en tous cas deux projets qu’il faut qu’on règle : une espèce de planification des deux opérations, de manière à ce que grosso modo, si l’opération industrielle se fait, l’opération archéologique puisse se faire dans les meilleurs conditions en préalable à cette opération industrielle et économique. Finalement, il faut plus de temps à l’entreprise chinoise pour monter son projet, donc du coup, c’est du temps qui peut être mis à profit pour l’opération archéologique. »__

Tout le monde attend désormais la décision finale. Si le camp construit pour les employés de l'entreprise chinoise est terminé, il est quasiment inhabité. Un signe pour les archéologues qu'ils pourront revenir au printemps prochain, afin de poursuivre les fouilles.

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