Un reportage de François-Xavier Freland, àTégucigalpa,au Honduras

Danse Garifuna
Danse Garifuna © Hickatee

Les Garifunas sont une communauté afro-descendante qui vit sur la côte caribéenne d'Amérique centrale et dont le patrimoine culturel est aussi riche que diversifié. Les Garifunas ont une langue bien spécifique et pratiquent la Punta, une danse en hommage aux défunts. Mais ces traditions, derniers vestiges d’une trace africaine sur le continent latino-américain, sont aujourd’hui menacées par la globalisation et le tourisme sauvage.__

Les Garifunas ont cette particularité de n'avoir jamais été des esclaves. En Amérique centrale, implantés sur plusieurs pays, le Belize, le Honduras et le Nicaragua, ils ont conservé de profondes traditions. Certaines, comme la danse de la Punta, célèbrent la vie des ancêtres, un lien direct avec la mère Afrique. Marcella Perdomo, est ethnologue et spécialiste des Garifunas.

Marcella Perdomo : « L'histoire des Garifunas est assez particulière dans l'histoire coloniale des Caraïbes. On raconte l'histoire de deux bateaux d'esclaves qui venaient d'Afrique et qui ont fait naufrage sur l'île de Saint Vincent et que suite à ce naufrage, les esclaves se sont enfuis. Chez les Garifunas, les origines africaines sont en effet très présentes, dans toute leur esthétique. La coutume de se couvrir la tête avec un foulard est très importante pour les rituels garifunas, c'est un signe de respect. Il y a aussi l'utilisation de la percussion, évidemment d'origine africaine, et une certaine façon de chanter ». Jouée lors des rites funéraires, la danse de la Punta entretient le lien naturel avec la mort. Elle permet d’accompagner le défunt dans son voyage vers l’autre monde et de célébrer le début de sa nouvelle vie d’ancêtre, tout en rendant hommage à la renaissance sur terre. Une tradition directement liée aux rites africains Yoruba, de l'actuelle région du Benin et du Nigeria. Armando Crisanto Meléndez est Directeur du Centre culturel hondurien des Garifunas.

Armando Crisanto Meléndez : « La danse est reliée à la vie même, à la nature. Donc, en fait, tous les mouvements philosophiques dans l'espace sont connectés avec l'esprit de nos ancêtres grâce à cette danse. C'est tout simplement une forme de communication avec eux, une transition entre le monde d’ici-bas et l’au-delà. Grâce à cette danse, cet esprit vivra pour toujours avec nous. Elle symbolise la fertilité de la femme : un enfant doit naitre pour remplacer un homme qui est mort . »

La mort, elle, touche aujourd'hui la communauté Garifunas, mise à mal par l'extrême pauvreté. Au Honduras, concentrés sur la côte caraïbe, ils ont été décimés par les maladies, les disettes. Pire, aujourd'hui, par l'industrie du tourisme selon Celestino, responsable d'une association de défense des Garifunas du village de San Jose.

Celestino : « Comme vous pouvez le remarquer, ce que le gouvernement a promu au Honduras, c'est le développement de l'industrie du tourisme. Et pour les politiques, le meilleur territoire pour cela, c'est celui des Garifunas, parce qu’ils ont des plages, la mer, un fleuve. Alors que jusque là, tout cela leur appartenait »

__

Ces cinquante dernières années, la population garifuna a été divisée par deux. Les migrations économiques, la discrimination ethnique et l’absence totale de la langue garifuna dans les systèmes scolaires ont programmé la disparition à plus ou moins court terme d’une des plus riches cultures afro-descendante de l’Amérique latine.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.