Un reportage de Solenn Honorine, dans les townships de Johannesburg, en Afrique du Sud

Thabo, un habitant de township : « Malheureusement on ne l'a pas tué, mais on en avait vraiment envie »

Cet habitant d’un township de Johannesburg aurait voulu que la foule règle son compte au voleur qu’elle venait alors d’attraper. En Afrique du sud, les taux de violence et de crime restent très élevés. L'année dernière on dénombrait près de 16.000 meurtres, soit une moyenne de 43 par jour. Rapporté au nombre d'habitants, cela fait un taux de meurtres quatre fois et demi plus élevé que la moyenne mondiale.

Dans les zones les plus déshéritées, le manque de confiance envers la police amène les gens à vouloir faire eux-mêmes justice, souvent de manière violente, comme dans la communauté rurale de Muldersdrift, près de Johannesburg.

Thabo Mbeki est un camp de squatteurs, à peine visible de l'autoroute qui court à travers les champs. Une communauté de 8 000 âmes, formée de petites maisons en tôle ondulée où les poules picorent parmi les plants de maïs. Ici, c'est la campagne, mais avec des problèmes aigus de criminalité qui rappellent que Johannesburg n'est qu'à une demi-heure de là.

Un habitant de Thabo Mbeki : « Vous savez, dès qu'il y a un peu de danger, vous ne les verrez jamais, les flics. Ben oui, on a attrapé plusieurs fois des criminels, ici, dans cettecommunauté. Mais les flics ne viennent jamais, il faut que la communauté prenne la loi en mains. »

Solenn Honorine : « Qu'est-ce qui arrive dans ces cas-là ? »

Un habitant de Thabo Mbeki : « Il faut qu'on les secoue un peu, qu'on les discipline. Comme ça, la prochaine fois, ils sauront qu'ici, nous sommes anti-crime. »

On se retrouve devant un endroit formé d’une petite maison en pierre, et d’une maison en préfabriqué, entourées de hauts barbelés. Est-ce une taverne ?

Un homme : « Oui, c'est ici que des gens sont venus et ont fait un braquage il n'y a pas longtemps. »

De l’autre côté du préfabriqué, il y a un porche, avec trois jeunes hommes en train de boire des bières (il est midi). Ici, il n’y a pas de travail et pas grand-chose à faire.

Solenn Honorine : « Vous étiez là lorsque le cambriolage a eu lieu ? »

Un jeune homme : « Le cambriolage est arrivé lorsque nous étions dans la rue. La foule était en train de pourchasser les criminels, et comme on savait qu'ils venaient de faire un cambriolage, on a rejoint la poursuite en lançant des pierres. On était frustrés vous savez, parce qu'on savait très bien que ce n'était pas la première fois, mais la 13ème ou 14ème fois. __

Solenn Honorine : « Et donc la foule a réussi à attraper ces hommes ? Ils étaient combien ? »

Le jeune homme : « Ils étaient quatre, et il y en avait un qui les attendait dans leur voiture. Il avait une arme sur lui. En fait on voulait le tuer, sérieusement, on voulait le tuer . »

Solenn Honorine : « Mais même si vous êtes nombreux, qu'est-ce que vous pouvez faire contre des hommes qui ont des armes ? C'est dangereux ! » __

Le jeune homme : « Nos gosses ici, ils savent bien que si quelqu'un a un petit pistolet, il ne peut contenir que 8 balles. S’il arrive à tirer, au maximum il touchera 8 personnes. Si vous avez cent ou 200 personnes qui vous courent après, même si vous avez un AK47, vous ne pouvez pas tirer parce qu'il y a une chose qui est sûre, c'est que dans ce cas là, vous êtes mort. »

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Après quelques heures, la police arriva et l'homme attrapé par la foule fut arrêté. Ses trois complices courent toujours.

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