La vaccination, c’est de la roulette russe. Certains réagissent bien, certains ont des problèmes, comme mon fils. Alors je ne conseille à personne d’aller faire vacciner son enfant.

Vaccin de la polio à Kiev, en Ukraine (21 octobre 2015)
Vaccin de la polio à Kiev, en Ukraine (21 octobre 2015) © ROMAN PILIPEY/epa/Corbis

Nous sommes à Lviv dans l’Ouest de l’Ukraine et vous venez d’entendre Oksana Kalmykova. Cette mère attribue au vaccin anti-polio la responsabilité des problèmes de santé que rencontre son fils âgé de cinq ans. Elle ne peut pas trouver le lien avec certitude, mais sa voix fait maintenant partie d’une véritable campagne anti-vaccination en Ukraine. Pourtant l’Organisation Mondiale de la Santé demande l’instauration d’un état d’urgence en Ukraine pour lutter contre le retour de la poliomyélite, plus connue sous le nom de polio. Cette maladie infantile, qui peut mener à la paralysie quasi-totale du corps, avait disparue d’Europe en 2010, jusqu’à ce que deux cas soient déclarés en septembre dernier dans l’ouest de l’Ukraine. L’OMS et le ministère de la santé mènent des campagnes de vaccination à marche forcée, mais il resterait 30 et 40% des enfants ukrainiens non-vaccinés.

Un reportage de Sébastien Gobert

Dans un des centres de pédiatrie de Lviv, les salles sont bien éclairées, le matériel médical est propre, les vaccins sont bien conservés dans un réfrigérateur. La seule chose qui manque à l’infirmière Svitlana Onishchuk aujourd’hui, ce sont les enfants, candidats à la vaccination.

Il y a quelque temps, la télé a commencé à montrer des cas d’enfants morts, soi-disant, à cause du vaccin. Beaucoup de parents ont commencé à avoir peur. Nous avons eu des journées au cours desquelles nous pouvions vacciner deux-cents enfants d’un coup. Mais aujourd’hui, nous n’en avons eu que quarante-sept.

Dans les médias et sur les réseaux sociaux, on assiste à une vaste campagne anti-vaccination. Nombre d’experts pointent du doigt le lobby des compagnies pharmaceutiques ukrainiennes, qui voient d’un mauvais œil la livraison de vaccins français, de Sanofi Pasteur. Ils ont été achetés par le Canada et livrés par les Nations-Unies et sont gratuits pour les Ukrainiens. Mais la rumeur court qu’ils sont périmés, et bons à jeter. Même si ce n’est qu’une rumeur, elle a convaincu Marta Shvets, qui n’ira pas faire vacciner son fils de deux ans.

J’ai lu qu’au début de l’été, ces vaccins on été congelés, décongelés, re-congelés. Ils n’étaient plus bons. Et comme par hasard, à la fin de l’été, on annonçait des cas de polio en Ukraine. Je pense que tout ça, ce n’est que du business.

Nataliya Timko est responsable du département d’épidémiologie de la région. Pour elle, les vaccins sont bons, la panique est injustifiée, et révèle une ignorance plus profonde.

La moitié du personnel soignant dans la région ne croit pas à un retour de la polio. Si eux n’y croient pas, comment peuvent-ils convaincre les parents de faire vacciner leur enfant !

Et pourtant, il y aurait urgence: l’Ukraine est toujours en état de guerre, le pays est désorganisé et les populations très mobiles. La situation est encore loin d’être catastrophique, mais si l’Ukraine ne réussit pas à prévenir le retour de la polio, on peut s’imaginer ce qu’il peut se passer avec d’autres virus.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.