Erdogan
Erdogan © OpenDemocracy

Un questions-réponses réalisé avec Jérôme Bastion, en direct d’Istanbul, en Turquie

Le premier ministre Erdogan veut remettre en cause l’avortement. Dans la langue turque, on appelle cela le « kürtaj », autorisé depuis 1983. Or le Premier ministre l'a qualifié de « meurtre », il y a trois semaines, en proposant une loi pour limiter la période d’avortement ; elle est de dix semaines actuellement. En Turquie c'est le tollé général.

Si personne ne sait exactement pourquoi Recep Tayyip Erdogan a lancé cette croisade, tant contre les accouchements par césarienne que contre l’interruption volontaire de grossesse, en revanche la levée de boucliers est massive : comme le week-end dernier simultanément dans plusieurs grandes villes du pays, il ne se passe quasiment pas un jour sans manifestation de femmes, sur le net une campagne de photos de ventres de femmes où est écrit « c’est mon corps, c’est mon choix » fait boule de neige. Bref, la mobilisation est grande contre ce Premier ministre qui conseillait récemment aux femmes de faire au moins trois enfants chacune, et qui semble motivé surtout par l’importance démographique de son pays.

- On sait que le gouvernement est issu de la mouvance islamiste, est-ce que pour autant les arguments sont religieux? Et, d’ailleurs, que dit le Coran sur le l’avortement ?

Les textes et le dogme musulmans sont plus laxistes que les Chrétiens sur cette question, c'est pour cela que ces déclarations du Premier ministre sont surprenantes : M. Erdogan n’est manifestement pas inspiré par les textes saints de l’Islam et ses interprétations, car dans la plupart des pays arabo-musulmans, contraception et avortement sont très largement autorisés. En général les docteurs de la foi musulmane estiment que la notion d’atteinte à la vie d’un être vivant intervient quand le corps et les organes du fœtus sont entièrement formés, c’est-à-dire vers la 10e semaine, limite aujourd’hui admise. Il y a encore 2 ans, on évoquait même en Turquie la possibilité de repousser cette limite à 12 semaines, finalement le projet de loi avait été abandonné, et aujourd’hui, c’est machine arrière.

- Y a-t-il un risque d'interdiction complète d’avorter en Turquie ?

Une interdiction complète paraît très peu probable, malgré les déclarations très radicales de plusieurs ministres, et d’autant que l’Union Européenne a rappelé à Ankara ses engagements au terme de plusieurs conventions internationales. Mais c’est vrai que la société turque retient son souffle, car une nouvelle loi sur le sujet est annoncée pour ce mois de juin, et beaucoup craignent : d’abord un contrôle plus strict des conditions dans lesquelles l’avortement est pratiqué - car il est souvent utilisé comme une simple méthode de contraception, les exemples de femmes ayant eu 3, 4 ou 5 avortements sont courants – et, à défaut d'interdiction pure et simple, une forte diminution de son délai légal, sans doute entre 4 et 8 semaines de grossesse.

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