Un reportage de Gabriel Kahn, à Manille, aux Philippines

Michel Catuira :

En raison de la répression en Arabie Saoudite, de la « saoudisation », beaucoup de personnes en situation irrégulière sont sujettes à l'arrestation et à l’exil. Car le gouvernement d’Arabie saoudite affirme que les étrangers prennent le travail des Saoudiens.

Michel Catuira est la porte-parole de l’association Migrante, qui dénonce des conditions de rapatriement des travailleurs Philippins en Arabie Saoudite. Ils sont des milliers à camper depuis plus d’un mois devant les consulats des Philippines à Riyad et à Djedda ou dans des centres d’hébergement temporaires dans l’attente de pouvoir être rapatriés aux Philippines.

Ils font en fait les frais de la politique dite de « saoudisation » décrétée en avril dernier par le roi Abdallah pour favoriser l’accès au travail au Saoudiens.

Les travailleurs étrangers illégaux ont donc jusqu’au mois de juillet pour régulariser leur situation ou quitter le royaume.

Après avoir été confrontée à diverses injustices et mauvais traitements en Arabie Saoudite où elle a travaillé durant 2 ans et demi, Maria a été rapatriée la semaine dernière dans son pays natal.

Je travaillais comme employée de maison. Mais je me suis enfuie de chez mes employeurs car ils n’étaient pas bons avec moi. Ils ne me donnaient à manger qu’une fois par jour et ils ne me payaient pas bien. Ils n’ont pas respecté notre contrat.

Ils sont près de 2 millions de Philippins en Arabie Saoudite. Comme d’autres travailleurs migrants, asiatiques ou africains, ils sont victimes de la politique dite de « saoudisation » destinée à faire baisser la proportion des travailleurs étrangers dans le royaume. Maria:

’est devenu très difficile à Djedda. Si vos papiers ne sont pas en règle et si vous ne connaissez personne qui puisse vous aider, c’est très dur.

Le royaume saoudien a donné aux travailleurs étrangers jusqu’au mois prochain pour régulariser leur contrat de travail, sauf à risquer l’arrestation, l’emprisonnement, le paiement d’une amende et l’expulsion. Maria :

On m’a demandé de payer une amende de 1000 dollars ainsi que mon billet d’avion. En tout cela représente environ 2 500 dollars. Mais je n’ai pas pu payer car je n’ai pas d’argent. Le gouvernement philippin va peut-être m’aider à rentrer aux Philippines et payer mon billet.

Le gouvernement philippin a en effet décidé de prendre en charge le rapatriement de ceux qui ne désirent pas régulariser leur situation en Arabie Saoudite. Plus de 5000 d’entre eux campent depuis des semaines devant les consulats des Philippines à Djedda et à Riyad, ou bien ont été placés dans des centres d’hébergement temporaires. Mais les procédures de rapatriement sont lentes et compliquées. L’association Migrante dénonce des conditions de rapatriement déplorables.

Michel Catuira est sa porte-parole :

Les travailleurs migrants qui ont déjà été rapatriés racontent des histoires horribles sur leur expérience dans le consulat des Philippines en Arabie Saoudite, ainsi que dans la zone d’exil où ils ont été détenus pendant des semaines. De nombreux travailleurs philippins y sont exposés à des agressions sexuelles, même de la part du personnel des services d’immigration .

Mais l’Arabie saoudite a besoin de main d’œuvre étrangère. Les gouvernements des Philippines et d’Arabie saoudite ont signé à ce titre un accord, le mois dernier, pour encadrer le recrutement des Philippins et tenter d’améliorer leurs conditions de travail.

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