Un reportage de Sébastien Farcis, correspondant de RFI en Inde, à Muzzafarnagar

Iqbal Khan, président d'un syndicat agricole :

Avant, nous allions manger chez les Hindous. Aujourd'hui, c'est très tendu. Et Les familles ne peuvent plus retourner dans leurs villages par peur d'être attaquées.

Élections générales de l'Inde de 2014
Élections générales de l'Inde de 2014 © corbis / Pallava Bagla

En Inde, dans le district de Muzzafarnagar, à moins de 150 km à l'est de New Delhi, se sont déroulées il y a 8 mois les pires attaques contre des musulmans de ces dernières années menées par une communauté d'hindous de ces villages, les Jats. Des attaques qui ont fait plus de 60 morts.

Le parti de la droite nationaliste hindoue, qui vient d'arriver au pouvoir à New Delhi, a été accusé d'organiser ces massacres. C'est la raison pour laquelle beaucoup de musulmans craignent la recrudescence des tensions religieuses sous ce nouveau gouvernement.

Iqbal Mohammed était un vendeur d'habits ambulant à Lisar, un village à majorité hindoue du district de Muzzafarnagar. Mais en septembre dernier, ses anciens clients ont failli assassiner toute sa famille :

Nous avons vu des milliers d'hindous Jat courir vers nous. Nous avons été secourus par l'armée, mais une dizaine de musulmans ont été tués. Certains ont été brûlés dans leurs maisons ou découpés en morceaux.

Plus de 60 musulmans sont morts et 50 000 déplacés dans ce qui ressemble à un pogrom. 8 mois après, des milliers de personnes dorment encore sous des tentes, dans la chaleur infernale de l'été. Dans le camp où habite Iqbal, il n'y a qu'une seule pompe à eau pour plus de 100 familles, que des enfants activent comme ils peuvent.

L'Etat de l'Uttar Pradesh est un chaudron communautaire. Mais Muzzafarnagar a toujours été un exemple d'unité entre hindous et musulmans.

A la veille des législatives, le parti nationaliste hindou du BJP était peu populaire ici. Il a donc voulu rassembler son électorat en exacerbant l'animosité des Jats contre les musulmans. Abdul Jabar est membre du comité du village de Jola :

Le BJP a payé des jeunes Jats et leur offrir de l'alcool pour qu'ils se déguisent en musulmans et harcèlent des filles hindoues. Puis quand cela a dégénéré, des élus du BJP ont rassemblé les villageois et scandé un slogan : « les musulmans ont deux choix, partir au Pakistan ou finir dans une tombe.

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Les deux nouveaux députés du BJP, élus dans cette province ont été accusés d'avoir incité ces violences, et libérés sous caution.

Ce scenario se répétera-t-il dans tout le pays sous le gouvernement de la droite hindoue ? Le futur premier ministre, Narendra Modi, a déjà été accusé d'avoir laissé se dérouler des pogroms similaires en 2002. Mais dans son premier discours, il a répété qu'il respecterait les minorités et suivrait un programme de relance économique en faveur de toute la population.

Saroj Giri est professeur de sciences politiques à l'université de Delhi :

Narendra Modi a le potentiel de devenir un fasciste. Mais le milieu des affaires n'aime pas les extrémismes. Et les autres partis serviront aussi à contrer cela. Donc il n'y aura pas de succession d'émeutes. Les musulmans bénéficieront même d'aides publiques, pour effacer cette mauvaise image du BJP. La discrimination pourrait cependant prendre la forme d'arrestations de musulmans comme terroristes ou d'assassinats extra-judiciaires. ­

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La politique du BJP envers les musulmans pourrait se durcir si des membres du RSS, l'extrême droite hindouiste, entrent dans le nouveau gouvernement.

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