Par Aurélien Colly, à New-York, aux Etats-Unis

__

Police en Californie
Police en Californie © sgreau

« 5 millions de contrôles, ça suffit! », c’est ce que vous entendez et ce que scandaient lundi des manifestants dans le sud de Manhattan. Des manifestants qui dénoncent les contrôles d'identité zélés et discriminatoires de la police locale car les new-yorkais noirs ou d'origine sud-américaine sont les premiers visés par ces contrôles dans 3 cas sur 4.

De son côté, la police s’est toujours défendue de réaliser des contrôles au faciès. Mais depuis lundi, elle est poursuivie devant un tribunal fédéral de Manhattan.

« Pas de justice, pas de paix, sans la fin des contrôles aux faciès ». Ils étaient une centaine à manifester lundi, devant le tribunal de Manhattan : un premier recours collectif contre les pratiques de la police new-yorkaise. Sur les quelques 600.000 personnes contrôlées chaque année dans les rues de la Grosse Pomme, 80% sont latinos ou noires. Comme Allan, 45 ans, qui vit dans un quartier un peu chaud de Brooklyn. Un habitué des contrôles à répétition, sans motifs, sauf sa couleur de peau.

Allan : « Les gens qui se font arrêter dans leur quartier tous les jours, ce sont des gamins qui vont de l’école, des pères, des mères… On ne vit quand même pas dans un pays occupé ! Quand j’étais petit, les flics étaient nos amis. On pouvait compter sur eux. Aujourd’hui, la mentalité, c’est ‘eux contre nous’. Et cela ne va pas améliorer la sécurité ».

Aux côtés des victimes de ces contrôles au faciès, les associations, elles, se sont battues pour accéder aux statistiques de la police, ont fourni les avocats pour ces poursuites historiques. Une figure du mouvement des droits civiques a même fait le déplacement : le révérend Jesse Jackson.

Révérend Jessie Jackson : « La ville de New York se justifie au lieu de renier ces pratiques, elle essaye de les rationaliser au lieu de les rejeter, alors que ces pratiques sont injustes et illégales. On ne renoncera pas tant que nos droits ne seront pas pleinement respectés ».

Principal argument de la police effectivement : ces contrôles sont indispensables pour la sécurité de New York, en particulier la lutte contre les armes à feu, interdites ici. La criminalité n’a d’ailleurs jamais été aussi basse depuis des décennies. Un lien de cause à effet rejeté par les associations car en réalité moins de 5% de ces contrôles débouchent sur un constat d’infraction… Andrea Ritchie, avocate de l’association « StreetWise and Safe ».

Andrea Richie : « Les jeunes me disent ‘je ne veux pas sortir de chez moi car si je pars chercher mon paquet de chips, est-ce que je vais rentrer chez moi ce soir ? Ou est-ce que je vais rester au commissariat ?’. Ils vont au parc pour jouer ? Les policiers sont là aussi. Des jeunes ne veulent pas aller à l’écoleparce qu’il faut qu’ils traversent des groupes de policiers pour y arriver. C’est un vrai problème, de tous les jours. »

Présents, aussi, devant le tribunal de Manhattan pour dénoncer cette fracture croissante entre police et minorités, une poignée d’élus emmenés par Jumannee Williams, conseiller municipal de Brooklyn, où des émeutes ont éclaté la semaine dernière, après la mort d’un adolescent noir, tué par des policiers.

Jumannee Williams : « C’est un problème qui monte depuis des années. Il y a beaucoup de colère dans ma communauté. Et la municipalité refuse d'admettre que c’est un problème. Ils vont perdre ce procès, au lieu de s’asseoir avec nous pour discuter, pour avoir la sécurité et une meilleure police ».

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.