Un reportage de Grégoire Pourtier, à Adis-Abeba, en Ethiopie

Mina Girgis, ethnomusicologue : __

C’était une vraie surprise de voir que les musiciens étaient vraiment curieux de connaître les musiques du bassin du Nil et de voir qu’il y a un connexion culturelle dans l’Afrique de l’Est.

Bateau sur le Nil
Bateau sur le Nil © CC-BY GayleKaren

Mina Girgis est ethnomusicologue d’origine égyptienne et depuis deux ans et demi, il réunit des musiciens de cultures très différentes, mais qui ont toutes un point commun : le Nil.

Un fleuve qui traverse en tout 10 pays qui s’ignorent souvent et se disputent parfois, comme l’Egypte et l’Ethiopie.

Et c’est justement pour rapprocher ces populations que le « Nile Project » a été fondé autour d’un dialogue musical, dont l’ambition a ouvertement une portée politique.

Déguster un concert du Nile Project, c’est multiplier les saveurs différentes, découvrir des cultures ancestrales, mais aussi mélanger le tout pour obtenir quelque chose de nouveau dans lequel chacun donne le meilleur de soi-même.

Existe-t-il une unité, au moins culturelle, dans le bassin du Nil qui s’étend sur 6.700 km ?

Des Tustis et Hutus du Rwanda jusqu’aux Arabes d’Egypte, il y a en tout cas une transition qui peut se faire bien plus en douceur que ne le laisse croire la géopolitique.

C’est ce qu’a voulu démontrer Mina Girgis, l’initiateur du Nile Project :

Les gens qui partagent ce Nil n’ont pas eu la chance de se connaître. En Egypte, on ne sait pas d’où vient le Nil. On connaît le Soudan, mais pas les autres pays. De la même façon, je ne crois pas que les pays du sud comprennent bien tous les trajets du Nil. Et pour nous, cette musique, c’était une façon d’introduire les gens qui vivent dans ce bassin à toutes les cultures qu’ils partagent et de commencer une conversation par rapport au Nil de façon plus positive, basée sur ce que nous avons de commun.

Le fleuve est en effet parfois un sujet de discorde, actuellement entre l’Egypte et l’Ethiopie par exemple. Le message envoyé est donc celui d’une unité dans la diversité, autour d’un héritage commun.

Au-delà de la réussite artistique, lapercussionniste kenyane Kasiva Mutua assume ainsi la dimension politique du projet, espérant toucher les dirigeants des pays concernés :

La musique est un outil. C’est un langage qui est parlé par tout le monde. Et si on s’en sert pour envoyer des messages, je suis certaine que l’on peut atteindre ces personnes plus facilement, plus clairement. Notre ambition n’est pas politique, nous chantons simplement la vérité : le Nil est en danger, les gens ne le protègent pas comme ils devraient le faire, et ce que nous transmettons donc, c’est un message pour encourager tout le monde à avoir du cœur pour le Nil.

Ce sentiment, on le perçoit en tout cas sur scène, où les musiciens déchaînés trouvent chacun leur place.

Tous évoquent l’enrichissement artistique d’une telle expérience, et Steven Sogo, joueur d’Ikembe, un instrument du Burundi, dit se sentir plus africain que jamais :

J’ai appris franchement beaucoup de choses. Maintenant, je peux écouter une musique éthiopienne et la sentir, et comprendre ce qu’il se passe dans cette musique. De même pour la musique égyptienne, qui est une musique arabe ou quelque chose comme ça, qui me sonnait un peu bizarre. Maintenant je peux me l’approprier, et sentir ce que ces gens-là sentent quand ils jouent.

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Et quand on comprend l’autre, il est plus facile de dialoguer.

Ainsi, le Nile Project ne résoudra pas les problèmes, mais vise au moins à donner l’exemple.

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