Un questions-réponses réalisé avec Solenn Honorine, en direct de Jakarta, sur l'île de Java, en Indonésie

Indonésie
Indonésie © laurent KB

Bengkala est petit village du nord perché sur les montagnes l’île de Bali, bien loin des complexes hôteliers qui accueillent des millions de touristes chaque année. Le silence y est d’or et être sourd-muet n’est pas forcément un handicap.

Dans ce village, on trouve 42 sourds-muets sur les 2.700 habitants. Ca ne représente que 2% de la population, mais dans une communauté très soudée, comme c’est le cas des villages de Bali, cela veut dire que tout le monde a un frère, une tante ou un voisin qui est sourd et muet. Pourquoi ? C’est un mystère, peut-être dû à la génétique. J’ai rencontré Nyoman, un vieil homme sourd, dont tous les enfants étaient sourds, mais dont les petits-enfants, eux, peuvent tous entendre et parler. Et l’inverse est tout aussi fréquent. Cela veut dire que le handicap peut frapper n’importe qui, et donc les villageois ont choisi de lui ouvrir les bras.

- Mais encore ?

Cela signifie que plutôt que de demander aux sourds et muets de s’adapter aux autres, ce sont les « entendants » qui parlent tous la langue des signes. En ce sens, Bengkala, c’est un peu une utopie pour les sourds et muets, comme il n’en existe qu’une poignée d’autres communautés à travers le monde. Par exemple, les sourds ont leur propre orchestre et troupe de danse au village, basés sur des percussions fortes qui leur permettent de « sentir » la musique. Pour les Balinais, c’est loin d’être anecdotique car c’est essentiel pour participer aux cérémonies religieuses qui marquent la vie sociale du village et donc être des citoyens à part entière. De même, l’école primaire du village est la seule école « intégrée » du pays, où les 6 enfants sourds étudient en même temps que les « entendants » grâce à des instituteurs spécialement formés qui leur traduisent la classe.

- Les sourds de Bengkala peuvent-ils aussi communiquer en langue des signes avec le reste du monde ?

Pas vraiment, car il existe plusieurs langues de signes, certaines nationales, plus la langue des signes internationale. Mais à Bengkala, on parle une langue des signes qui est spécifique au village. Elle s’appelle le « kata kolok » un patois des signes en quelque sorte, qui s’est développé à travers les générations. C’est cette langue qui sert pour l’enseignement des enfants par exemple, ce qui pourrait paraître surprenant au premier abord, puisque c’est un peu un enfermement plutôt qu’une ouverture au monde. Car de fait, les enfants sourds, qui sont la première génération à savoir lire et écrire à Bengkala, ne peuvent pas communiquer avec qui que ce soit en-dehors de leur village. Mais c’est un choix pour préserver le kata kolok et, à travers cela, l’harmonie du village. Comme l’expliquent les instituteurs, il est plus important de pouvoir communiquer avec ses voisins et sa famille qu’avec un sourd-muet français ou australien.

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