Un questions-réponses réalisé avec Frédéric Belge, en direct de Bangkok, en Thaïlande

Roi Thaïlandais Bhumibol Adulyade
Roi Thaïlandais Bhumibol Adulyade © Radio France

Le royaume, aussi appelé « le pays du sourire », est une destination touristique majeure en Asie. Mais peu savent que critiquer le monarque, considéré comme un dieu vivant, coûte parfois très cher.

Roi de Thaïlande
Roi de Thaïlande © Radio France

En effet, la plupart des touristes ne s’imaginent pas un instant que faire publiquement des commentaires sur le roi et la famille royale pourrait les amener à passer de nombreuses années en prison. Ainsi, l’article 112 du Code pénal punit toute personne qui insulte, diffame ou menace le roi, la reine, l’héritier du trône ou le régent d’une peine de 15 ans de prison.

C’est, de loin, la législation la plus sévère au monde pour protéger une monarchie. Les contours de cette loi ne sont pas bien délimités et n’importe qui peut porter plainte contre une personne, en estimant que celle-ci a eu des mots dégradants pour la famille royale. Bref, c’est un peu une loi fourre-tout qui, ces dernières années, a été galvaudée et est devenue un véritable instrument politique pour faire taire les opposants au régime en place.

__ - Y a-t-il beaucoup de personnes emprisonnées pour offense ou critique envers la famille royale, en Thaïlande ?

Le nombre de cas a véritablement explosé depuis 2005. De quelques cas par an tout au plus jusqu’alors, nous sommes passés depuis à des dizaines de procès chaque année, avec un pic, l’an passé, de 478 plaintes déposées. Des dizaines de personnes croupissent encore en prison dans l’attente d’un procès, dont un ressortissant américain. D’autres ont choisi la fuite et son en exil à l’étranger. Tout ceci concourt donc à un climat de peur et d’autocensure dans le pays. Parler du monarque et de son entourage est devenu tabou. La presse elle-même s’autocensure sur le sujet.

- Avec le nouveau gouvernement en place, ne peut-on pas espérer un assouplissement de la loi, voire son annulation ?

Un grand nombre de personnes attendait de voir ce que le nouveau gouvernement, élu le 3 juillet dernier, allait faire à propos de cette loi controversée. De nombreux députés sont en effet sous le coup d’une procédure de justice pour crime de lèse majesté. Un bon nombre d’analystes politiques escomptaient des propositions de réforme de la part de ces députés. Or, il n’en est rien. Yingluck Shinawatra, la nouvelle Premier ministre du pays et sœur de l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra (lui même victime d'accusation de crime de lèse majesté) a fait savoir qu’elle continuerait de défendre l’institution monarchique dans la foulée du processus de réconciliation nationale. Bref, la liberté d’expression devra donc attendre et le débat sur la réforme de l’article 112 continue pendant ce temps.

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