Un reportage d’Eric Samson, à Lima, au Pérou

Alan Patroni :

Le personnage du Negro Mama n’est que le reflet de la réalité tragique d’un pays andin encore raciste où les gens sont envieux, où les Péruviens les plus riches, les plus blancs, regardent de façon péjorative les Indiens, les descendants de Chinois ou Japonais et méprisent les Noirs. C’est une coutume tragique que nous devons encore vaincre.

Alan Patroni est professeur de communication à Lima, au Pérou, et le personnage qu’il évoque, Negro Mama, est incarné dans une série télévisée par un acteur blanc.

Ce personnage vient de faire l’objet d’une plainte de la part d’un Centre d’Etudes et de promotion afro-péruvien Lundu pour avoir perpétré les préjugés racistes de bien des Péruviens sur la population d’origine africaine.

Avec ses grosses lèvres, ses cheveux crépus et sa démarche traînante, le Negro Mama est un condensé d’idées reçues et de stéréotypes qui fait partie d’une émission humoristique de Frecuencia Latina. Le tribunal d’éthique de la Société Péruvienne de Radio et Télévision a d’ailleurs sanctionné la chaîne comme l’explique Mónica Carrillo, présidente de l’ONG Lundu :

Frecuencia Latina devait lire textuellement les 5 points de la résolution du tribunal d’éthique qui signalait que le programme était raciste, qu’il pouvait promouvoir la haine raciale et qui demandait que des excuses soient présentées aux Péruviens d’origine africaine. Il fallait tout lire jusqu’aux points et aux virgules.

Chose que Frecuencia Latina n’a pas faite ou en tout cas, mal, selonMónica Carrillo :

Ils ont présenté des excuses c’est vrai mais avec une rhétorique du genre : on n’a rien fait du mal, mais si quelqu’un pense le contraire, nous sommes désolés même si nous ne croyons pas avoir à présenter des excuses.

Outre une lecture incomplète du verdict du tribunal d’éthique, Frecuencia Latina a diffusé le même jour un reportage attaquant l’ONG Lundu. Cette dernière décide alors d’en appeler au Ministère des Transport et Communications, qui vient de condamner la chaîne de télévision à payer une amende de 20.000 euros, une première au Pérou.

PourtantJorge Benavides , l’acteur qui joue le Negro Mama, proteste de sa bonne foi :

Pourquoi ne mettent-ils pas en avant mes valeurs ? Je suis une bonne personne, honnête, il faut le dire !

Un argument qui a du mal à convaincre la professeure universitaire Rosa Zetta de Pozzo :

Le personnage du Negro Mama est mal utilisé. Il représente à la télévision la partie afro de cette variété ethnique et culturelle péruvienne qui nous enrichit tous. Mais son usage est néfaste car au lieu de la mettre en valeur, il se moque, il caricature, il minimise l’héritage afro de la culture péruvienne.

Ce personnage a pourtant bien des défenseurs comme le journaliste Beto Ortiz , cité dans un reportage de Frecuencia Latina en défense du Negro Mama :

Le Negro Mama est un personnage qui a gagné un espace dans le cœur du public populaire comme la paysanne Jacinta qui a été également critiquée en son temps. Je crois qu’il est bon que l’humour soit provocateur, soit polémique. Que certains s’en offusquent, c’est très bien. L’art doit provoquer une réaction. Sinon, ce n’est pas de l’art.

Au Pérou la condamnation de Frecuencia Latina a fait date. Lundu n’a pas atteint tous ses objectifs, en particulier le retrait définitif de l’antenne du Negro Mama, mais ce dernier n’apparaît plus que de façon sporadique dans le spécial de l’Humour de la chaîne de télévision.

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