Un reportage d’Estelle Maussion, correspondante RFI à Luanda en Angola pour France Inter

Josefa Garcia, une habitante des quartiers populaires de Luanda :

Dans les magasins, on trouvait les produits frais à 2100 kwanzas, aujourd'hui c'est 3000. Le riz, qui coûtait 2200, est passé à 2600. Bref, tout a augmenté pour nous les gens des classes les plus modestes.__

Depuis le début de l'année, c'est la crise en Angola. Ce pays d'Afrique australe, grand comme deux fois et demie la France, trônait jusqu'à présent en tête des plus fortes croissances du continent, grâce à son pétrole. Il en est le deuxième producteur d'Afrique, derrière le Nigeria. Sauf que la récente chute du cours de l'or noir change complètement la donne. Le pays voit ses ressources fondre. Il doit se convertir à l'austérité, lui qui était habitué aux pétrodollars faciles. Inflation, chômage, baisse de l'activité, les conséquences économiques sont sérieuses. Les retombées sociales pourraient, elles, être encore plus importantes.

Josefa Garcia, une habitante des quartiers populaires de Luanda :

Il y a beaucoup de jeunes qui sont désœuvrés. Ils avaient un travail mais avec la crise économique ils ont été renvoyés. Et pour nous, les 'kitandeiras', les vendeuses de rue, c'est très dur aussi. On n'arrive à rien, ça va mal.__

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Centre-ville de Luanda, quartier Ingombota (Angola)
Centre-ville de Luanda, quartier Ingombota (Angola) © Estelle Maussion

Comme Josefa Garcia, nombreux sont les Angolais à serrer les dents. Explication: l'Angola tirant 75% de ses recettes fiscales du pétrole, la chute soudaine du prix de l'or noir se solde par un effondrement de ses ressources. Résultat, dès le mois de janvier, le pays a dû revoir son budget. Une opération douloureuse, comme le souligne l'économiste Carlos Rosado.

Carlos Rosado. économiste :

On parle d'une diminution des dépenses de 25% par rapport à 2014. Dans un pays qui dépend beaucoup de l'Etat, c'est terrible pour l'économie. Autre point, la majeure partie des coupes budgétaires a affecté l'investissement public. En 2015, il sera moitié moins important qu'en 2014. Bien évidemment cela a des conséquences dramatiques sur l'économie et l'emploi. __

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Certains projets de construction ont été annulés ou reportés. Les administrations et les entreprises tournent au ralenti. La monnaie nationale, le kwanza, est en chute libre, alimentant une inflation généralisée. Face à ces difficultés, le gouvernement angolais, dirigé par José Eduardo dos Santos depuis plus de 35 ans, tient bon la barre. Il sécurise le paiement des salaires des fonctionnaires, rassure les investisseurs étrangers et promet de maintenir les politiques de lutte contre la pauvreté. Mais les Luandais, comme Conceiçao Paixao, sont sceptiques:

Conceiçao Paixao :

Cette crise économique touche les plus pauvres, pas les riches. Eux, là-haut, ils n'ont pas vraiment de problème, l'argent ne leur fait pas défaut. Mais nous, on se retrouve sans rien.__

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Plus de la moitié des Angolais vivent encore avec moins de deux dollars par jour. Si la situation se dégrade, elle risque de devenir explosive, met en garde le sociologue Joao Nzatuzola.

Joao Nzatuzola, sociologue :

Des manifestations peuvent éclater mais elles continueront à être interdites et réprimées. Ce que je crains plutôt c'est la hausse du taux de criminalité, du banditisme, des vols et des détournements.__

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Pour limiter au maximum l'impact de la crise, l'exécutif sait qu'il doit diversifier l'économie pour créer de l'emploi et du développement. La question consiste à savoir s'il en a les moyens.

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