Un reportage de Claire Martin, à Santiago, au Chili

Bernardo Zentilli : « Y’a des années qu’on écoute de temps en temps des programmes pour chasser le lion de mer. Ce prédateur marin se retrouve avec un autre grand prédateur, qui est l’être humain. Alors bien sûr, ils rentrent en conflit »

Lions de mer
Lions de mer © marycesyl

Bernardo Zentilli est membre de la CODEFF, une association de défense de l’environnement, au Chili. Il alerte sur les menaces de disparition des lions de mer, dans les eaux de son pays. Le gouvernement chilien veut légaliser la chasse de ces mammifères marins. Le Chili, sixième puissance de pêche du monde, deviendrait alors un des rares pays du globe à chasser cette espèce protégée ailleurs, avec le Canada et en Namibie.

Les poissons ont presque disparu des côtes chiliennes. La pêche artisanale connaît une crise profonde. La faute à qui ? A la surpopulation des lions de mer, selon le ministre de l’Economie, Pablo Longueira. Pour se nourrir, les mammifères marins percent les filets des pêcheurs artisanaux, leur faisant perdre leur pêche. Le ministre propose donc un quota de chasse. Un argument qui ne convainc pas les premiers intéressés. Cosme Caracciolo est le président du Syndicat des pêcheurs artisanaux.

Cosme Caracciolo : « S’il y a un problème avec les lions de mer, c’est justement parce que le gouvernement et les grands industriels ont détruit les ressources de pêche dont ils se nourrissent. Du coup, les lions de mers et les pêcheurs artisanaux sont comme en compétition. Pour rééquilibrer l’écosystème, il faut traiter le problème à la source, c’est-à-dire freiner la grande industrie de la pêche qui ne pense qu’à s’enrichir, alors que nous, nous pêchons pour vivre. »

Quand à la surpopulation des lions de mer dont parle le gouvernement, aucune étude scientifique ne l’a démontrée. Le biologiste marin Eduardo Tarifenho.

Edouardo Tarifenho : « Il n’y a pas de surpopulation de lions de mer. Donner aux pêcheurs l’autorisation de chasser ces mammifères sans prendre en compte leur âge revient à autoriser un immense massacre. C’est pourquoi je considère que cette mesure n’a absolument aucun sens »

L’association Ecoceanos a lancé une campagne nationale contre la mesure. Selon son président, Juan Carlos Cardenas, la salmoniculture serait derrière tout cela. Le Chili est le deuxième producteur de saumon au monde.

Juan Carlos Cardenas : « L’industrie est en train d’exiger qu’on vide ses zones d’expansion de ces prédateurs. Car ils ont un impact sur son élevage : ils percent les cages pour manger les saumons et provoquent l’évasion de milliers d’entre eux. La salmoniculture chiffre ses pertes à 58 millions d’euros par an. Historiquement, cette industrie a toujours éliminé les lions de mer de manière illégale. Maintenant, elle demande à l’Etat de s’en charger pour elle »

Les trafiquants voient également la mesure d’un bon œil. Les parties génitales des lions de mer sont très demandées sur le marché asiatique pour leurs propriétés soi-disant aphrodisiaques.

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