Un questions-réponses réalisé avec Sarah Sakho, en direct de Yaoundé, au Cameroun

Eléphants au Cameroun
Eléphants au Cameroun © laurent KB

Au Cameroun, les éléphants font en ce moment l’objet d’un braconnage massif : au moins deux cents d’entre eux ont été abattus depuis le début de la saison sèche au nord du pays et les tueries continuent.

Ces animaux sont une nouvelle fois mutilés et massacrés pour leurs défenses en ivoire.

Le massacre a lieu depuis la mi-janvier dans le parc de Bouba Njida, une réserve à la frontière du Cameroun et du Tchad. Ces deux cents éléphants abattus – et il s’agit d’un chiffre provisoire – représenteraient près du tiers de la population du parc. Ces derniers jours, des éléphanteaux agards après la perte de leurs parents et des individus blessés ont aussi été aperçus, pouvant encore alourdir le bilan.

Les braconniers opèrent en toute impunité à la recherche d’ivoire et entrent sur le territoire camerounais depuis le Tchad voisin. De nombreux témoignages décrivent des groupes d’hommes à cheval, d’origine soudanaise, lourdement armés, certains de kalachnikov. Une horde de cinquante cavaliers accompagnés d’un chameau a même été aperçue. On sait aussi que ces hommes entretiennent de bonnes relations avec les communautés locales qui consomment ensuite la viande des éléphants. Une connivence qui facilite encore la progression des braconniers. La situation est donc particulièrement alarmante.

- Ce qui l’est encore plus, c’est qu’aucune mesure n’est prise pour arrêter les tueries

Effectivement. D’abord, les forces camerounaises sur place ne font pas le poids contre ces braconniers lourdement armés. Ensuite, les autorités centrales, à Yaoundé, ne mettent en place aucune mesure d’urgence. Le porte-parole du gouvernement fait plutôt mention de « concertation avec les pays voisins », puisqu’il s’agit selon lui d’un trafic transfrontalier qui demande une réaction concertée.

En attendant, le braconnage se poursuit et pourrait même continuer même après la fin de la saison sèche, car le phénomène est saisonnier et donc prévisible ! Le gouverneur de la région du nord l’a dit lui-même dans une interview : en l’absence de réaction des autorités, les braconniers reviennent en force d’une année sur l’autre. C’est exactement ce qu’il se passe en ce moment. Les spécialistes ont de quoi être alarmistes : si rien n’est fait, expliquent-ils, l’éléphant de savane aura disparu du nord du pays d’ici 2 à 3 ans.

- Dans quelles proportions et pourquoi le trafic d’ivoire repart-il à la hausse ? Et l’année 2011a été très meurtrière pour les éléphants d’Afrique avec un record de saisies (au moins 23 tonnes d'ivoire) et plus de 2500 bêtes abattues selon des chiffres communiqués par l’ONG Traffic. Des chiffres estimés en dessous de la réalité puisque toutes les carcasses d’éléphants ne sont pas retrouvées.

Le trafic international d’ivoire a beau être interdit depuis 1989, les éléphants de la région sont plus que jamais victimes de la contrebande, car si la demande a considérablement diminué dans les pays occidentaux grâce à un travail de sensibilisation, elle explose actuellement en Asie.

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