Un reportage signé Michel Picard, sur l'île de Chypre

Michel Bonnardeaux : « Quand on voit la ligne verte, effectivement ça fait zone morte, mais ce n'est pas du tout mort. »

Drapeau Chypre
Drapeau Chypre © FLACKXS

A Chypre, la Ligne verte, cette zone tampon démilitarisée qui coupe le pays en deux, contrôlée par l'ONU depuis la guerre de 1974,reprend vie peu à peu.

L’ONU gère au compte-goutte le retour des habitants dans ce no-man’s land qu'elle voit plutôt d'un bon œil, car ils pourraient reconstruire l'avenir de l'île et offrir un nouveau tissu social à cette zone tampon.

180 km de long, 7 km au plus large, à peine 4 mètres par endroit : la zone tampon, totalement déminée depuis un an, est surveillée par 1000 casques bleus.

A Nicosie, elle est déclarée zone militaire fermée. Impossible de la visiter sans une sérieuse escorte de l'ONU.

Au sud, la République de Chypre et au nord, une république autoproclamée occupée par 35 000 militaires turcs.

Il n'existe qu'un seul village mixte : Pyla et ses 1500 habitants, 2/3 Chypriotes grecs, 1/3 Chypriotes turcs. Une exception au cœur de la zone verte.

Stavros Stavrou en est maire de la communauté chypriote grec:

«Il y a un mot clef, c'est le « respect ». C'est un bon exemple de cohabitation harmonieuse des deux communautés. Les gens vivent ensemble, ils travaillent ensemble, ils passent la journée ensemble, à boire, à manger, ils vont au café ensemble. »

Ailleurs dans l'île, la zone qui fut totalement désertée reprend peu à peu vie. Des habitants Chypriotes grecs reviennent s'installer dans des maisons qu'ils avaient du fuir il y a 40 ans.

Tout cela sous la supervision des nations unies dont Michel Bonnardeaux est le porte-parole à Chypre.

Michel Bonnardeaux : « La seule chose qui faut faire, c'est prouver qu'on a un titre de propriété sur cette terre et puis voilà. »

Toutes les maisons abandonnées ne vont pas retrouver leurs habitants car de nombreux Chypriotes ont refait leur vie ailleurs. Mais l'agriculture commence à se développer.

Michel Bonnardeaux : « Surtout depuis l'accession de Chypre à l'union européenne. A cause des subventions agricoles : ça devient extrêmement rentable de cultiver ces champs. »

A une douzaine de kilomètres de Nicosie, au milieu de nulle part, au cœur de la zone tampon, le plus important élevage de porcs du pays.

Récemment modernisée grâce aux subventions européennes, l'exploitation familiale est dirigée par Ivi et son mari.

Ivi : « Nous avions une maison à Nicosie. Mon mari venait travailler ici et rentrait le soir. En 1982, on a racheté une nouvelle ferme. Enfin nous sommes revenus en 1989. Depuis, nous vivons ici. »

Le fils aîné, Néofitos, s'est installé à son tour dans l'une des trois maisons du hameau où il a ouvert un cabinet vétérinaire qu'il mène presque normalement.

Néofitos : « Je peux avoir des clients à 4 heures du matin. Ils me téléphonent quand ils sont au bloc de surveillance de l'ONU et je leur explique le chemin. Tout se passe bien. »

Vivre au cœur de la zone tampon, c'est un peu vivre au milieu du désert et pourtant l'avenir pourrait changer la donne, il n'y a qu'à regarder une carte.

Néofitos : « Vous voyez, ici, à Nicosie, des maisons ont commencé à être construites à l'intérieur de la buffer zone. Donc la vie grignote, petit à petit. »

Au-delà des besoins démographiques; l'argent de la politique agricole commune devrait aussi, dans les années à venir, pousser les agriculteurs à reprendre la culture de terres qu'ils avaient oubliées.

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