Par Nathalie Gillet, à Abu Dhabi, aux Emirats arabes unis

Un jeune émirien : « Avant il y avait plein d’épiceries dans le quartier, j’avais le choix. Maintenant, il n’en reste plus que deux. On est obligé d’aller au supermarché ou au mall. Je ne pense pas que ce soit bon pour nous , il en faut plus

A Abu Dhabi, ce jeune Emirien observe sans enthousiasme les travaux en cours dans l’une des vieilles épiceries de son quartier. Elles étaient environ 1300 dans la capitale et avaient jusqu’au 1er janvier pour être rénovée ou disparaître. Car Abu Dhabi veut changer de look.

Une décision terrible pour ces épiciers asiatiques ou arabes installés ici depuis des années, souvent obligés de fermer et de quitter le pays.

Atif Nasreddine, un épicier égyptien qui vit à Abu Dhabi depuis 19 ans, ne travaille pas aujourd’hui. La vitrine de son magasin est recouverte de papier journal. Depuis trois semaines, les contrôleurs de l’administration patrouillent plusieurs fois par jour pour verbaliser les commerçants qui continuent de vendre sans avoir rénové. Incapable de financer les travaux imposés par la mairie, Atif a fermé boutique.

Atif Nasreddine : « Je ne vais pas faire ces changements, dans 2-3 mois peut-être que je vais retourner dans mon pays. Ils veulent que j’achète un nouveau congélateur. Quelle est la différence avec l’ancien ? Et une caisse automatique ? Tout ça pour vendre des chips à 10 cents, de l’eau, des petits articles ? Mon salaire ne dépasse pas 400 euros. »

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Depuis des années, avec ses deux frères, ils faisaient vivre leurs familles restées au pays. S’il attend sur le trottoir c’est parce qu’il espère que ses anciens clients voudront bien passer par là pour rembourser leurs dettes.

Atif Nasreddine : « Je vendais à crédit avec des ardoises qui allaient parfois jusqu’à 2000 euros par mois. Les grands magasins, eux, ne font jamais crédit aux clients.»

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Dans le quartier, les trois quarts des épiceries ont déjà fermé, ce qui n’est pas du goût des habitants.

Emdjibi, un résident philippin de 22 ans :« C’est très choquant et pas très avantageux pour nous. Nous habitons ici et il faut maintenant marcher un quart d’heure pour trouver un supermarché. »

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Des centaines de petits commerçants s’apprêtent à quitter le territoire. Car ne pas avoir de travail aux Emirats, c’est aussi perdre le droit d’y résider. Ceux qui se sont mis aux normes ont des magasins flambant neufs et bien aérés. Mais le sacrifice est énorme. Ahmad Abdullah, un Iranien de 53 ans, a dépensé près de 30,000 euros : c’est 4 ans de travail de 6h à minuit, 7 jours sur 7.

Ahmad Abdullah :« J’ai dû mettre un carrelage, changer les étagères, le plafond, l’air conditionné, la porte et le comptoir, j’attends encore ma nouvelle enseigne. Dans le seul quartier de Khalidiya, 24 épiceries ont fermé. »

Pour les autorités, il s’agit de protéger les consommateurs. Le nombre de cas d’empoisonnement aurait presque doublé l’an dernier. Mais ces vieilles échoppes désordonnées tranchaient aussi avec les nouvelles tours d’une capitale qui veut se débarrasser de son côté provincial et rattraper Dubaï.

Aux immigrés de s’adapter.

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