Un reportage de Reza Nouramode, à Santa Cruz, en Bolivie

Daniela : « Mon rêve, c’est d’étudier beaucoup, devenir professionnelle, aller à l’étranger et diriger un très grand orchestre »

Violon
Violon © lyzi e

Daniela, 12 ans, est une jeune violoniste de San Ignacio de Velasco, une petite ville située aux portes de l’Amazonie bolivienne. Elle fait partie des talents musicaux de cette région, la Chiquitania, où, il y a trois siècles, les missionnaires jésuites évangélisèrent la population indigène en utilisant la peinture, la sculpture et surtout, la musique baroque.

Une tradition que les jeunes générations d’aujourd’hui sont fières de perpétuer.

Des rues poussiéreuses, une chaleur humide et écrasante et un air de musique baroque s’échappant d’une église aux colonnes magistralement sculptées dans du bois de l’Amazonie : c’est le quotidien de San Ignacio de Velasco, l’une des anciennes missions jésuites de la Chiquitania.

Dans la région, plus de 12 000 pages de musique baroque ont été composées à la fois par des Européens et par la population indigène durant la présence des jésuites au XVIIIème siècle.

Jose Adan, professeur de violon : « Je me sens fier de perpétuer cette tradition qu’ont apportée les jésuites. Mais ici, nous ne jouons pas seulement la musique baroque, nous avons notre propre musique. Et eux ont utilisé cette musique pour évangéliser. Il y a toujours eu de la musique ici, et du talent… »

Une culture aujourd’hui toujours vivante, malgré de sérieuses difficultés matérielles, comme l’a constaté Mauro Cura, un maître luthier venu d’Argentine.

Mauro Cura : « La majorité des instruments qu’il y a ici sont des instruments chinois, provenant généralement de donations. Et il n’y a aucun luthier formé à réaliser le travail de maintenance des instruments, alors ils commencent à péricliter avec le temps et aujourd’hui ils sont quasiment tous en mauvais état. Mais le plus important, c’est qu’ici ils ont la musique, ce qui comme tous les arts, aide toujours à aller de l’avant. Et ça, ça joue en leur faveur, sans aucun doute »

Grâce à cette passion, Simon Aguape, un jeune violoniste de la région, a vu son destin basculer.

Simon Aguape : « Moi, j’ai grandi à la campagne. Et ce qui me plaisait, c’était le travail des champs, semer, etc. Après je suis allé étudier au collège, et la musique a totalement changé ma vie. Sans ça, je serais aujourd’hui un simple agriculteur, comme mon père »

Ce phénomène artistique et culturel a également des retombées sur la santé économique de la région, l’une des plus isolées du pays, à travers un festival international de musique baroque américaine qui attire, tous les deux ans, des milliers de touristes.__

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