Un reportage d'Angélique Férat, à Amman, en Jordanie

Dareen : « Je vais bien, mais je fais des cauchemars. Je rêve parfois que je meure. Je tombe, ou quelqu’un cherche à me tuer. Mais ce n’est pas toutes les nuits ».

Des réfugiés en Jordanie (camp d' Al-Zaatri)
Des réfugiés en Jordanie (camp d' Al-Zaatri) © Reuters / Muhammad Hamed

La Jordanie accueille aujourd’hui 530 000 réfugiés syriens : le plus grand nombre pour la région du Proche et du Moyen Orient. Dareen a 10 ans. Elle est tout juste arrivée de Damas et se confie au médecin d’un bureau médico-social qui vient d’ouvrir à Amman, la capitale jordanienne.

Un bureau qui propose donc des séances de thérapie pour les enfants syriens qui viennent d’arriver sur le territoire jordanien.

L’intervenante demande à Chaque enfant, de se présenter puis de dire ce qu’elle ou ce qu’il aime : une couleur, un animal, un plat. Ensuite, elle raconte l’histoire de Majid. Il a vu deux hommes se faire tuer juste devant lui. Lamia demande alors si quelqu’un du groupe a vécu une histoire similaire et chacun commencer à raconter son histoire.

Batool a 13 ans. Elle vient d’arriver de Damas, de la banlieue de Midan. Elle raconte sa peur des bombardements.

Batool : « J’avais toujours peur. Souvent, on restait dans le sous-sol, on avait peur des bombardements. Un jour, quelqu’un est arrivé en criant ‘sortez tous, ils vont aussi détruire les caves’.On avait peur de sortir de la maison et des sous-sols. On a refusé de sortir. Quand on sortait des tireurs isolés nous tiraient dessus. »

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Les enfants racontent tous la peur. Alaa avait peur de passer les barrages de l’armée ; Sana avait peur de voir ses frères se faire tuer. Il y a aussi la peur d’aller à l’école : tous ces enfants sont déscolarisés depuis 1 an ou 2 ans. Unicef estime qu’une école sur 5 est soit détruite, soit utilisée pour les déplacés en Syrie.

Ces séances de groupe servent aussi à repérer les enfants qui sont réellement traumatisés. Omran, 13 ans, est arrivé perturbé. C’est un frêle petit blondinet. Il vient de Yalda, près de Damas. Sa mère l’a amené parce qu’il pleure tout le temps.

Omran : « Des combattants de l’armée libre de Syrie étaient dans le jardin de notre immeuble avec leurs familles. Ils n’avaient plus de balles, alors ils se reposaient. L’armée régulière est arrivée et a tué plusieurs personnes. Ceux qui essayaient de s’enfuir se faisaient aussi tirer dessus. J’ai tout vu. J’ai vu tous ces corps, ces gens morts. J’avais tellement peur… Et j’y repense souvent. »

Lamia Ghorra anime cette thérapie de groupe. La plupart des enfants font des cauchemars, dit-elle. Certains perdent le goût, d’autres sont incontinents et beaucoup sont violents, ou renfermés. Mais seuls 10% des enfants ont de gros traumatismes.

Lamia Ghorra : « Ils acceptent presque tous ce qu’ils ont vécu, C’est comme ça. Ils savent que ce n’est pas la normalité, que c’est juste une courte période leur vie. La normalité, ce sera après, lorsqu’ils pourront vivre dans un pays en paix. »

La séance se termine par quelques minutes de relaxation. Dareen, 10 ans, confie faire des cauchemars où des gens essaient de la tuer. Omran dit qu’il aime ces séances, qu’il fait de moins en moins de mauvais rêves. Il rêve au contraire qu’il retourne en Syrie et que c’est comme avant. Avant la guerre.

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) s'attend à ce que leur nombre atteigne 1,2 million fin 2013, soit un cinquième de la population jordanienne.

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