Reportage de Nabila El Hadad, correspondante au Maroc

Le cheikh Sidi Hamza :

Dans l'islam et le soufisme, connaître Dieu, c’est comme connaitre cette main-ci. Cette main-ci, c’est comme Dieu. Cette main, c’est Dieu. Si tu aimes cette main, tu dois aimer tout le monde.__

La personne que l'on vient d'entendre est le cheikh Sidi Hamza, un vieux monsieur de plus de 90 ans, le maître spirituel de la confrérie soufie Boutchichya, dont la filiation remonte au plus ancien maître soufi du IXème siècle, un saint aux yeux de ses disciples, des musulmans soufis, venus par centaines lui rendre visite. Nous sommes au nord du Maroc, le berceau de la voie soufie Boutchichiya, la plus importe d'Afrique du Nord.

Le voyage se fera au rythme d'invocations. On est ici à Naïma, au nord-est du Maroc, le berceau de la voie soufie Boutchichiya. Une à deux fois par an, des dizaines de disciples soufis se réunissent ici pour effectuer une retraite spirituelle.

Rhizlaine, jeune infirmière originaire de Belgique :

Je m'appelle Rhizlaine, j'ai 25 ans, je viens de Bruxelles. On est ici dans une zaouïa.__

La zaouïa, c'est le centre spirituel d'une confrérie. Comme Rhizlaine, jeune infirmière originaire de Belgique, plus de 400 femmes, hommes et enfants ont fait le déplacement depuis l'étranger. La plupart depuis la Belgique, la France ou encore l'Espagne. Tous pour rendre visite à leur maître spirituel et partager des moments de méditation où l'invocation occupe une place centrale dans le soufisme.

Rhizlaine, jeune infirmière originaire de Belgique :

L'islam se répartit en trois degrés : l'islam la religion, c'est-à-dire dans la pratique. L'iman, c'est-à-dire la foi, les convictions et l'ihsan, c'est-à-dire l'excellence du comportement. Le fait d'invoquer, on apprend à aimer tout le monde, à surpasser ses difficultés, à les comprendre.__

islam
islam © CC Alex Fernandez

Dans les invocations, le nom de Dieu et ses attributs sont répétés matin et soir, durant des heures, en plus des cinq prières quotidiennes dans l'islam.

Les femmes d'un côté, les hommes de l'autre, dans une effusion collective, les corps se balancent, les bras levés au ciel. Certains poussent des cris, d'autres pleurent ou rient, dans un état d'extase, d'ivresse spirituelle.

Pour Samia, la trentaine, anthropologue originaire de Paris, l'invocation permet de lutter contre l’ego :

On parle de lutte contre l’ego, le djihad intérieur. La plus grande guerre, c'est celle qu'on mène contre soi. Et tout le travail de l'invocation, c'est d'annihiler un peu cet ego. Dans le soufisme, on considère que l'ego c'est une partie de l'individu qui siège en roi à l'intérieur de la conscience et qui a pas envie d'être détrôné. Donc par l'invocation, ça détrône l'ego et donc ça laisse Dieu un peu rentrer à l'intérieur d'où les extases, parce que l'ego est moins présent.__

De retour en France, Samia vivra le soufisme dans l'intimité. Comme elle, les adeptes ne se revendiquent pas ouvertement soufis. Pour eux, le soufisme est avant tout un cheminement spirituel personnel qui se vit en communauté.

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