Un reportage de Lucile Gimberg, à Quilpué, au Chili

Freddy : «Avec la banque du temps, nous nous rendons service entre voisins. Mais comme le nom l’indique, ici il n’y a pas d’échange d’argent. On paye en temps. Je donne une heure de mon temps à une voisine qui a besoin d’un service et en échange plus tard, je recevrai une heure du temps d’un autre voisin, lorsque j’aurai besoin d’un service que lui peut me rendre »

Montres
Montres © Yannick_M (Paris, FR)

Comme l’explique Freddy, dans la petite ville chilienne de Quilpué, les habitants utilisent une monnaie pas comme les autres : le temps. Installée en 2008 dans leur quartier, «El banco del tiempo», la banque du temps, leur permet d’échanger des services variés - coiffure, couture, transport, ou encore ménage - sans débourser le moindre centime. Lorsque quelqu’un reçoit de l’aide, sa seule obligation est de rendre la pareille en donnant de son temps à un autre habitant du village. __

Maria Eugenia : « Ca, c’est ma boîte à couture. J’ai des fils de toutes les couleurs pour les tons que peuvent demander les membres et tous les amis qui ont recours à mes services. A la banque du temps, je me suis proposée pour faire de la couture, mais pas seulement. Je peux aussi faire du__ pain maison, cuisiner ou repasser si quelqu’un en a besoin »

En échange de l’heure de couture offerte aujourd’hui à Ebono, Maria Eugenia recevra, quand elle en aura besoin, un coup de main d’un voisin plombier ou électricien, comme Freddy. Ebono, retraité mais fan de football, paiera le temps dont il a bénéficié en entraînant, pendant une heure, les jeunes du quartier. Et ainsi de suite. Car à la banque du temps, mon temps vaut autant que le tien, quel que soit le service rendu ou nos qualifications.

Maria Eugenia : « Il y a des professeurs qui offrent leurs services, mais aussi des gens simples qui proposent d’enlever les mauvaises herbes. Et c’est ça qui est beau. Ici, il n’y a pas de condition sociale, pas de différence. Nous sommes tous égaux. Tout le monde a besoin des autres et tout le monde est là pour les autres »

Né dans les années 1980 aux Etats-Unis, les banques du temps se distinguent du troc car elles permettent l’échange triangulaire. Efficace pour subsister en temps de crise, ce système existe aujourd’hui dans de nombreux pays : Chili, Japon, Angleterre, Italie… En Espagne, plus de 10 000 personnes y participeraient.

Mais la banque du temps ne permet pas seulement aux plus pauvres d’accéder à des services qu’ils ne pourraient pas se payer autrement. Elle valorise aussi chaque individu et favorise les liens sociaux au sein des quartiers.

Mauricio Dorfman est directeur de l’ONG qui a implanté le concept au Chili :

Mauricio Dorfman : « D’abord, cela permet aux habitants de répondre à leurs besoins entre eux, grâce à l’aide des voisins. Ensuite, cela favorise la participation. Les gens commencent à s’organiser et à partir du moment où ils se connaissent, beaucoup de choses peuvent surgir : naissent des relations amoureuses, des collaborations professionnelles, les préjugés tombent aussi. Résultat : on finit par vivre dans un environnement beaucoup plus humain et marqué par la cohésion sociale »

Un système qui pourrait favoriser l’intégration dans les quartiers défavorisés français ou constituer une alternative pour ces temps de crise en Grèce et ailleurs.

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