Un reportage de Nicolas Ropert, correspondant de Radio France Internationale à Kaboul, en Afghanistan

Azim Fakhir :

Quand on y pense, c'est assez difficile d'être artiste en Afghanistan. Mais pour faire des choses, il faut prendre des risques. C'est comme ça que tu peux faire changer les choses dans ton pays.

Masooda Noora, Afghanistan
Masooda Noora, Afghanistan © Nicolas Ropert

Azim Fakhirest un jeune artiste afghan qui vient d’exposer quelques unes de ses œuvres le week-end dernier lors de la 4e édition du Prix afghan d'art contemporain à Kaboul.

Photos, vidéos, sculptures ou dessins… Ils étaient 10 jeunes artistes à présenter leur vision de l'Afghanistan. Ils veulent montrer que leur pays ne se résume pas à la guerre et à la pauvreté, même si leur travail est largement influencé par les difficultés qu’ils ont rencontrées.

Il s'habille à l'occidentale, parle un bon anglais, cite l'artiste britannique Banksy comme l'une de ses références: Aziz Fakhir détonne dans un Afghanistan toujours très conservateur. Il présente aujourd'hui une sculpture qui dénonce la condition des femmes dans son pays. Il assure qu'il a toujours voulu être artiste, même si ce n'est pas aisé:

Si l'on regarde comment c'était il y a 5 ans : il n'y avait rien. Pas de galeries, pas de lieu pour exposer. Depuis, quelques unes ont été ouvertes. Parce que chaque année, il y a de nouveaux artistes qui sont diplômés ou des gens qui se mettent à faire de l'art. Donc ce dont je suis certain, c'est qu'il y aura de plus en plus d'opportunités.

Tirs, explosion, liasses de dollars qui s'envolent... Dans ce film d'animation, on découvre les maux qui frappent l'Afghanistan. La plupart des œuvres présentées font échos à l'actualité parfois sombre du pays.

Une position qui ne surprend guère Francesca Recchia, la commissaire d'exposition :

Ce n'est pas spécifique aux Afghans ou à l'Afghanistan. Les artistes s'inspirent bien souvent du contexte ambiant, de ce qu'ils vivent. Nous sommes en Afghanistan, un pays en transition, avec beaucoup de problèmes. Ils s'y intéressent et se font l'écho de leur propre réalité, de leur quotidien. Donc oui, il est question de politique dans leur travail mais comme à Londres ou à Paris.

Masooda Noora a tout juste 18 ans, mais vient de remporter le premier prix ex-aequo. Etudiante en deuxième année d'art à l'Université de Kaboul, elle a séduit le jury avec une installation qui dénonce les fraudes électorales. Un léger voile sur la tête, elle décrit son œuvre :

C'est à propos de la prochaine élection. Ils vont installer des urnes pour voter devant nous. Nous sommes comme des abeilles. Nous devons donner notre vote, notre confiance, notre futur comme nous avons fait dans le passé. J'ai posé des miroirs par dessus pour que les gens puissent se voir voter. Moi, je n'ai pas confiance : ils feront la même chose que dans le passé.

Douze ans maintenant après la chute des talibans, l'art contemporain en est à ses premiers balbutiements en Afghanistan. Le ministère afghan de la culture manque de moyens pour soutenir une scène pourtant en pleine ébullition.

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