Un reportage de Sébastien Farcis, à New Delhi, en Inde

Munish Raizada :

Notre démocratie est devenue synonyme de népotisme, de favoritisme et de corruption. Cette culture doit changer, sinon l'Inde ne pourra pas progresser. C'est pour cela que nous rentrons en politique.

mouvement de colère et d'indignation en inde
mouvement de colère et d'indignation en inde © reuters

Munish Raizad, un médecin indien vivant aux Etats-Unis, vient de revenir dans son pays natal pour soutenir la campagne électorale du nouveau parti anti-corruption, Aam Admi, qui signifie « homme du peuple ». Une formation créée il y a un an par les militants du mouvement de l’activiste Anna Hazare, qui avait fait trembler les élus indiens en organisant des manifestations et des grèves de la faim très suivies… pour pousser le gouvernement à créer un organe indépendant anti corruption. Cet objectif n'ayant pas été atteint, ces militants veulent changer les choses de l'intérieur et se présentent donc à leur première élection pour l'assemblée régionale de New Delhi, le 4 décembre prochain.

Le jeune Ranbir Singh vient d'arriver, tout enthousiaste pour son premier jour comme volontaire au sein du Aam Admi . A 24 ans, cet étudiant en informatique croit fermement que ce parti militant peut changer la politique en Inde :

Si vous allez dans une administration pour chercher un papier, le fonctionnaire va d'abord vous demander de l'argent avant de vous aider. C'est pareil pour les hommes politiques, ils sont aussi corrompus. Mais le parti Aam Admi, lui, est transparent, et il s'intéresse vraiment aux besoins des gens.

Munish Raizada inscrit les nouveaux volontaires, comme Ranbir, sur son ordinateur. Ce pédiatre indien, qui vit à Chicago depuis 11 ans , est prêt à revenir s'installer en Inde pour contribuer au changement inspiré par ce parti :

Cette mauvaise gestion politique a contribué à la fuite des cerveaux. Il n'y a pas de transparence ni de méritocratie en Inde aujourd'hui. Si cela s'améliore, beaucoup d'expatriés comme moi reviendront.

Ce parti de l'« homme du peuple » s'oppose aux deux plus grandes formations indiennes dans la lutte pour l'Assemblée régionale de New Delhi : le BJP et le Congrès. Deux partis régulièrement impliqués dans des scandales de corruption. Face à eux, le Aam Admi mise donc tout sur la transparence : tous les candidats ont un casier judiciaire vierge, ils déclarent leurs comptes de campagne et sont élus par les membres, un système de primaire inédit en Inde.

Shazia Ilmi, ancienne journaliste et candidate , explique comment elle essaie de combattre l'achat de voix dans les bidonvilles :

Nous leur demandons : préférez-vous une bouteille d'alcool, et 500 roupies maintenant, ou une meilleure éducation pour vos enfants ? Car les autres vous donneront ces 500 roupies, mais ils disparaitront. Nous, nous sommes pauvres et nous vous demanderons peut-être 10 roupies, mais nous voterons des lois qui vous aideront vraiment. Mais c'est difficile de faire passer ce message car les gens sont fâchés et désabusés.

L’Aam Admi prévoit de participer aussi aux élections nationales de mai prochain. Mais pour cela, ils vont devoir diversifier leur programme, estime ­Vidhu Verma, directrice du Centre de sciences politique à l'Université Jawaharlal Nehru :

Toute leur campagne est basée sur l'anti corruption, ce qui est périlleux, car dès qu'un de leurs élus agira mal, c'est tout le parti qui tombera. Ils ont donc besoin de se différencier sur un programme économique également, pour ne pas s'enfermer dans ce piège.

Les sondages indiquent que l’Aam Admi pourrait convaincre 1 électeur sur 4 dans la capitale, et arriver en 3e place lors du scrutin du 4 décembre.

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