Reportage de Joël Bronner, correspondant de RFI en Afghanistan

Championnat de football féminin d’Afghanistan
Championnat de football féminin d’Afghanistan © Joël Bronner

Madina :

En Afghanistan comme vous le savez, on vit dans un climat de guerre, il y a régulièrement des attaques suicides. Mais quand je suis sur le terrain, j’oublie complètement tout ça. C’est ma passion, je ne me lasse jamais de jouer au foot.

Nous sommes à Kaboul, en Afghanistan. A 19 ans, Madina, que vous venez d’entendre est l’attaquante star de l’équipe de la capitale. Elle et ses coéquipières viennent de remporter la finale du premier championnat de football féminin d’Afghanistan. Pour l’instant, seules 4 équipes, dont Herat et Kaboul, les deux finalistes étaient en lice. Mais les organisateurs comme les joueuses ont l’espoir de voir la compétition se développer dans les années à venir, malgré le manque d’infrastructures et les difficultés qu’éprouvent les jeunes filles à ce que leur famille les laisse jouer.

Championnat de football féminin d’Afghanistan
Championnat de football féminin d’Afghanistan © Joël Bronner

Kaboul ! Kaboul ! Kaboul !

Elles sont à peine une centaine, mais les supportrices afghanes s’époumonent pour encourager l’équipe de la capitale. Dans les tribunes clairsemées du stade de Kaboul, presque aucun homme. Seules la famille ou les copines des joueuses ont fait le déplacement.

A chaque but, Zarah, 22 ans, particulièrement démonstrative, bondit de son siège les bras levés.

Zarah :

En Afghanistan, ce n’est pas évident pour les filles de jouer au foot. Même si la possibilité existe, elles sont obligées de se battre pour y arriver. C’est pour ça qu’on est venue soutenir notre copine sur le terrain.

Pour les jeunes Afghanes en effet, chausser les crampons ne va pas de soi. Premier obstacle : convaincre leurs proches de les autoriser à jouer. Frozan, la capitaine de Kaboul a dû batailler pour imposer sa passion.

Frozan :

Au début, ma famille n’aimait pas l’idée qu’une fille joue au football. Mais quand ils ont vu que j’étais douée, que je me débrouillais bien, ils m’ont plutôt encouragée. Et à présent ils n’y voient plus d’objections.

En dehors de la capitale Kaboul, se pose également le problème des infrastructures, souvent inexistantes. Najibullah est l’entraîneur d’Herat, la plus grande ville de l’ouest du pays.

Najibullah, entraîneur d’Herat :

A Herat, il n’y a aucun stade. Ni pour les hommes, ni pour les femmes. Du coup ça a été très compliqué pour former les joueuses. C’est pour ça qu’avant la finale, ces derniers jours, elles se sont entraînées ici, à Kaboul, sur ce terrain.

Championnat de football féminin d’Afghanistan
Championnat de football féminin d’Afghanistan © Joël Bronner

Un terrain sur lequel Madina vient d’inscrire quatre des cinq buts de son équipe. Même si elle reste optimiste, la numéro 7 de l’équipe kaboulie peut difficilement masquer une part de déception face aux gradins quasi-déserts.

Madina :

C’est sûr qu’au début, quand on voit toutes ces chaises vides dans le stade, c’est un peu décourageant pour nous. Mais au final, il y quand même un certain nombre de filles et de familles qui sont venues nous voir jouer. Pour une première fois, ce n’est pas si mal.

Les finalistes de ce premier tournoi féminin, comme les quelque 1500 jeunes filles inscrites auprès de la fédération, espèrent de tout cœur que le public répondra davantage présent lors des prochaines éditions. Comme c’est le cas, déjà, pour les hommes de la Premier league afghane, qui ont disputé l’ultime match de la saison devant un stade plein à craquer.

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Championnat de football féminin d’Afghanistan © Joël Bronner
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