Au Yes theater, nous avons une philosophie : on ne croit pas que jeter des pierres ou envoyer nos enfants dans la rue change les choses. Nous sommes convaincus que l'éducation est plus efficace pour résister.

Nous sommes dans la région d’Hébron en Cisjordanie occupée et vous venez d’entendre Mohammed Issa, le fondateur d'une association de théâtre. Depuis l'été 2015, le Yes Theater organise des ateliers avec des jeunes palestiniens qui sont sortis de prison. L'objectif : les faire revenir à la vie normale. Actuellement au moins 450 mineurs sont sous les verrous. Une situation que dénonce l'association qui agit sur le terrain. Le correspondant de France Inter et RFI dans les territoires palestiniens, Nicolas Ropert, a suivi un de ces ateliers dans le camp de réfugiés d'Al Arub, au Nord d'Hébron.

théatre hébron
théatre hébron © Radio France / nicolas ropert

Dans une grande salle du comité populaire du camp, 5 jeunes garçons entre 14 et 18 ans font quelques exercices d'échauffements pour la voix et la diction. L'un d'eux, Mohammad 17 ans, qui refuse de donner plus que son prénom, a passé au total près de 4 mois dans des prisons israéliennes sans aucune raison, assure-t-il.

Mes amis participaient déjà au programme et ils m'en ont parlé. Ils m'ont convaincu de venir une fois voir le Yes Theater. Je me suis dit que c'était une bonne idée et que ça pourrait me sortir de la maison, me faire faire autre chose. Ce qui me plait particulièrement c'est de pouvoir échanger avec mes camarades sur nos expériences.

Quand on leur demande d'improviser une scène, les jeunes participants n'hésitent pas très longtemps pour trouver une idée. Ils rejouent leur arrestation. Samir, tout juste 18 ans, un maillot de football sur les épaules, devient un commandant israélien.

En jouant ce rôle, je peux montrer au public ce qui m'est arrivé. Je veux que mes paroles soient portées au delà. Tout le monde devrait avoir conscience de ce qui nous arrive quand on est arrêté, pendant les interrogatoires notamment. On te fait signer des aveux sans que tu ne le saches ce qui est écrit par exemple.

théatre hébron 2
théatre hébron 2 © Radio France / nicolas ropert

Hanadi Zablah, qui gère ses ateliers, a vu un changement d'attitude chez ces jeunes.

L'état psychologique d'une personne qui a été emprisonnée n'a rien à voir avec quelqu'un qui n'a pas connu cette expérience. Ils n'ont pas la même perception de la vie en particulier chez les enfants. Parfois ils sont déprimés. Donc avec ces ateliers, on essaie leur redonner confiance.

Avec ce projet, le Yes Theater veut faire prendre conscience aux jeunes de leur valeur. Ces six dernières années, 8.000 mineurs palestiniens ont été emprisonnés par Israel.

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