Reportage de Delphine Sureau, correspondante à Shanghai

Restaurateur :

Si vous voulez manger de la viande de chien, il faut réserver à l’avance, que vous soyez nombreux, et là moi je commanderai un chien pour le cuisiner.__

Manger du chien est une tradition encore présente dans certaines régions de Chine, comme en témoigne ce restaurateur. Dans le sud du pays, à Yulin, hier soir, on a fêté le solstice d’été en sacrifiant des dizaines de milliers de chiens pour les déguster. Mais ce festival de la viande canine, qui revient chaque année, divise le pays. Aujourd’hui, nombreux sont les chinois qui trouvent cette pratique barbare. Car, dans les foyers, le chien est passé de l’assiette au canapé.

Festival de Yulin
Festival de Yulin © AFP

Dans ce restaurant – qui sert de la cuisine de Mandchourie - on ne trouve pas de chien à la carte. Pourtant, le « gourou » comme on l’appelle en Chine est une spécialité de cette région du nord. Si les clients insistent, qu’ils réservent à l’avance, le patron peut leur préparer du chien, mais à Shanghai, cela n’arrive presque jamais…

Restaurateur :

  • Vous avez des commandes ?
  • Non, très peu. A Shanghai, les contrôles sanitaires sur la viande de chien sont très stricts et assez décourageants. C’est un sujet très sensible ici, à cause de la protection des animaux. En fait, la viande de chien, ça n’a jamais marché ici.__

    D’ailleurs, les rares restaurants qui affichent du chien au menu sont lynchés sur internet…

Cette haine, on la ressent encore plus chez les jeunes chinois, qui ont succombé à une nouvelle passion pour les chiens… domestiques. Petits de préférence. Les caniches, les yorkshires, et les loulous de Poméranie ont envahis les trottoirs de Shanghai. Au pays de l’enfant unique, le chien – longtemps banni par Mao - a trouvé sa place dans la cellule familiale. Plus de 30 millions de foyers chinois en possèdent un… et en prennent vraiment soin…

Dai Yan dirigeante du salon Design :

Avec la hausse du niveau de vie, les gens sont prêts à dépenser plus qu’avant pour leur chien…__

Dai Yan dirige le salon Design, qui propose des services de gardiennage, de toilettage et de relooking canin. Cette trentenaire a ouvert son commerce l’an dernier, car la demande – et les exigences - explosent…

Dai Yan dirigeante du salon Design :

Avant, un bon repas pour un chien, c’était une soupe avec du riz et de la viande. Alors qu’aujourd’hui, les maîtres veulent des croquettes de qualité, de grandes marques, ou des croquettes importées. Pareil pour la toilette, il faut laver les chiens à fond, avec un bon shampoing. Il y a aussi des demandes personnalisées : par exemple, des teintures, on nous demande différents styles de coiffure… le style mignon ou le style beau gosse.

- Le caniche ?

On lui a fait une couleur sur les quatre pattes, rose-violet. Avec la coupe, ça coûte 60 à 70 euros.

Nos clients sont des jeunes qui ont les moyens. Parce qu’avoir un chien à Shanghai c’est un petit luxe. Une douche par semaine et des croquettes, c’est minimum 120 euros par mois pour un petit chien. Et plus de 300 euros pour un chien de moyenne ou de grande taille.__

Dans ce secteur en plein expansion, Dai Yan envisage d’agrandir son salon et de le rendre encore plus chic. Selon l’agence Euromonitor, la Chine devrait dépasser les États-Unis en 2019, pour devenir premier marché mondial des animaux domestiques.

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