Un questions-réponses réalisé avec Eric Samson, en direct de Quito, en Equateur

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Mariage gay image © Radio France

En Equateur, près de 30 cliniques illégales ont été fermées cette année. Elles proposaient de « soigner » l’homosexualité. Mais on ne comprend pas trop ce qu’il y a à soigner puisque l’homosexualité n’est pas une maladie.

Le problème c’est qu’en Equateur comme au Pérou et dans de nombreux pays latins, il y a encore des gens pour le croire. En Amérique Latine, entre l’église catholique, les évangélistes et les sectes, l’homosexualité a longtemps été taboue. Les temps changent, évidemment, mais lentement. Pour de nombreux parents, l’homosexualité d’un enfant est difficile à admettre. Donc quand de soi-disant « docteurs » affirment pouvoir ramener un jeune vers un comportement hétérosexuel, il y a des parents qui cèdent et qui font interner leurs enfants.

- Combien y aurait-il de cliniques illégales dans le pays ?

Un peu moins de 30 cliniques ont été fermées depuis le début de l’année. Il est toujours délicat d’avancer un chiffre précis, mais le ministère de la Santé et diverses organisations féministes ou de défense des Droits de l’Homme affirment qu’il y en aurait 205 dans le pays.

Le problème, c’est que ces cliniques se présentent comme des centres de traitement de drogués, d’alcooliques ou de personnes ayant des problèmes mentaux et il est souvent difficile de savoir ce qui se passe à l’intérieur. Les 2/3 de ces centres ne donnent pas d’information sur leur permis de fonctionnement, sur les conditions physiques d’hébergement des patients.

Heureusement, il y a de plus en plus de plaintes de patients qui arrivent à s’échapper. Paola, par exemple est lesbienne. Elle a été internée à la demande de sa mère, qui l’a faite sortir lorsqu’elle s’est rendue compte des mauvais traitements que subissait sa fille.

- Que font ces cliniques à leurs patients pour les guérir de ce qui n'est pas une maladie?

Exemple : de mauvais traitements, violations aux droits de l’Homme.

Les témoignages parlent de violations sévères aux droits de l’Homme : certains patients homosexuels comme Paola ont été menottés à leur lit, privés de nourriture, battus, insultés, baignés à l’eau glacée. Il y a aussi des plaintes pour viol. Pour être complet, il y a ces exemples de personnes qui affirment avoir été « guéries », ne plus être homosexuelles et qui se sont mariées. De l’avis des psychologues à qui j’ai parlé, tout cela est probablement illusoire.

Ces personnes, à cause de la pression de leur famille, de la société, peuvent avoir décidé d’opter pour un comportement hétérosexuel sans que leur nature profonde ait finalement changé.

- Ce n'est pas la première fois que ces cliniques sont la cible des autorités. Pourquoi, donc, sont-elles toujours en activité ?

Pendant longtemps, le gouvernement n’avait que des moyens d’actions limités. Les cliniques étaient fermées pour des infractions mineures. Par exemple, des violations aux normes sanitaires. Ainsi, elles rouvraient et reprenaient leurs activités très rapidement.

Aujourd’hui, la ministre de la Santé, Carina Vance, a annoncé qu’un règlement est en train d’être rédigé pour mieux contrôler les centres de réhabilitation. Il sera désormais interdit d’être interné pour son orientation sexuelle. Les cliniques qui le font seront poursuivies pour violations aux Droits de l’Homme ce qui permettra, cette fois, de les fermer définitivement.__

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