Un reportage de Laurent Geslin, à Split et Zagreb, en Croatie

Le Président croate Ivo Josipović : « Il serait illusoire de penser que n’importe quel petit pays, et même des Etats bien plus gros que la Croatie, puissent réussir dans la compétition mondiale et puissent connaître la prospérité sans faire partie du marché européen ».

l'ue donne son feu vert à l'adhésion de la croatie
l'ue donne son feu vert à l'adhésion de la croatie © reuters

Pour le p résident Ivo Josipović, comme pour l’ensemble de la classe politique croate, l’entrée du pays dans l’Union européenne le 1er juillet prochain est gage de prospérité…

Un sentiment qui n’est pas partagé par tous les citoyens croates, qui sont nombreux à se méfier de cette intégration.

Ils craignent en effet de subir des politiques d’austérité comme en Grèce ou en Espagne…

Sur les quais du grand port de Split, l’entrée dans l’Union européenne marque la fin d’une époque. Pour conclure ses négociations d’adhésion, la Croatie a dû, il y a quelques mois, privatiser le chantier naval de Bordosplit : 1.600 des 3.500 employés vont être licenciés.

Zvonko Segvic, président des syndicats du chantier : « Je suis un eurosceptique car je trouve que les petits pays sont lésés, dans l’Union européenne. Nous allons entrer dans l’UE alors que nous ne sommes pas prêts. Notre économie a été dévastée. Nous ne pouvons proposer que des services à la riche Europe. Nous n’avons plus aucune production. La seule chose qui marche, c’est le tourisme, mais en Croatie on ne peut pas en vivre, car la saison ne dure que 75 jours. »

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En Croatie, le chômage touche 21% de la population active et 1/3 des moins de 25 ans. Pour Krešimir Sever, le Président des Syndicats indépendants croates, les gouvernements qui se sont succédés depuis l’indépendance, ont bradé les industries du pays et précipité la ruine de l’économie croate.

Krešimir Sever : « Chez nous, on ressent très fortement l’influence du FMI, de la Banque mondiale et des agences de notation. Leur discours va toujours dans la même sens : privatisez tout ce que vous pouvez, réduisez les droits des travailleurs, flexibilisez le marché du travail, facilitez les procédures de licenciement, réduisez le coût du travail et les dépenses publiques. »

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Depuis quelques années, on assiste en Croatie à l’apparition d’une gauche anticapitaliste, opposé à l’entrée du pays dans une Union européenne considéré comme trop « libérale ».

En 2009, les universités croates se sont insurgées contre la monétisation des droits d’inscription. Au terme de 34 jours de blocage, les étudiants ont obtenu gain de cause. Leur mouvement fait figure de fer de lance de la contestation à l’intégration européenne. Hrvoje Juric, un des leaders du mouvement étudiant.

Hrvoje Juric : « La situation sera encore pire. Car les Européens ont les moyens de pousser le gouvernement croate à faire ce qu’ils veulent. Nous devons essayer de créer une plateforme avec des groupes en danger : les travailleurs, les retraités, les étudiants. »

En Croatie, l’enthousiasme européen des élites économiques et politiques fait contraste avec le scepticisme de plus en plus affiché de la population.

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