Un reportage de Florence La Bruyère, à Budapest, en Hongrie

Balázs, 23 ans, étudiant :

Le Jobbik est surtout un parti de jeunes. Ils incarnent la nouveauté, ils n’ont pas trempé dans les scandales de privatisation. Je vais voter pour le Jobbik.

Balázs Horváth a 23 ans, il est étudiant à Budapest et comme beaucoup de jeunes, il vote pour le parti d’extrême-droite Jobbik, ou Mouvement pour une meilleure Hongrie.

Gabor Vona, président du Jobbik, pendant la campagne des élections législatives hongroises (6 avril)
Gabor Vona, président du Jobbik, pendant la campagne des élections législatives hongroises (6 avril) © Radio France / Florence La Bruyère

En hongrois, Jobbik veut dire à la fois : « plus à droite » et « les meilleurs ».

Fondé par des étudiants en 2003, ce parti extrémiste a fait une entrée fracassante au parlement hongrois en 2010, avec 16,80 % des suffrages. Et il a progressé en raflant 20 % des voix aux législatives d’avril dernier.

Les sondages le donnent en deuxième position derrière la droite de Viktor Orbán aux élections européennes du dimanche 25 mai 2014. Si ce pronostic se confirme, pour la première fois l’extrême-droite passerait devant le parti socialiste.

Qui sont ces jeunes hongrois attirés par le Jobbik ?

Balázs Horváth est un jeune plein de talent. Il fait des études d’ingénieur et parle couramment trois langues. En avril dernier, il a voté pour le Jobbik aux élections législatives. Il votera à nouveau pour l’extrême-droite dimanche prochain, avant tout pour des raisons économiques :

Ce parti veut augmenter les salaires des hongrois pour rejoindre le niveau européen. C’est une bonne idée parce qu’ici en Hongrie, les prix sont aussi élevés qu’à l’ouest. Mais pas les salaires !

Balázs vient du nord de la Hongrie, où vit une forte communauté tsigane. La plupart sont chômeurs et certains sombrent dans la délinquance. Le Jobbik s’est fait connaître par sa milice qui intimidait les tsiganes, une milice aujourd’hui en sommeil. Pour Balázs , le Jobbik n’est pas un parti raciste, mais un mouvement qui veut un changement radical :

Ca me fait rigoler, quand j’entends des gens qui disent que les tsiganes sont différents, qu’il faut les comprendre, et investir des sommes folles pour qu’ils rattrapent le reste de la société… Moi je dis : non. Il faut les intégrer de force, et les obliger à travailler.

Le chef du Jobbik, Gábor Vona, fait salle pleine dans ses meetings. Ce trentenaire plein d’humour cherche à faire oublier l’image raciste du Jobbik. Son programme est presque celui d’un parti de gauche : logement subventionné pour les jeunes mariés, création de 500.000 emplois… De quoi séduire de nouveaux électeurs, comme Zoltán Tóth, 25 ans , mécanicien au chômage :

Chez les jeunes, c’est à la mode d’être pour le Jobbik. Les gens commencent à se réveiller. Il faut des changements. Comme dit un de mes anciens profs, la Hongrie est comme un malade qui attend sur la table d’opération depuis 25 ans, mais que personne n’a le courage d’opérer.

__

László Csókási a 32 ans, il travaille dans la restauration. Il ne vote pas pour le Jobbik. Pour lui, le parti n’a pas changé et reste antisémite et raciste. László a beaucoup d’amis qui votent pour l’extrême-droite, il explique pourquoi :

II y a un noyau dur d’antisémites dans ce parti. Mes copains ne sont pas d’accord avec cet antisémitisme. Mais ils votent quand même pour le Jobbik parce qu’il est le seul parti à proposer des solutions : par exemple, une double peine pour les politiciens corrompus. Le Jobbik incarne des valeurs fortes ; c’est ce que les jeunes recherchent dans un parti.

__

En République tchèque et en Croatie, des hommes politiques ont été jugés pour corruption. Pas en Hongrie. Dans un pays où l’extrême-gauche est inexistante, le Jobbik séduit les jeunes qui veulent plus de justice sociale et plus de morale en politique.

L'une des affiches pour les européennes."Une économie hongroise, un ave
L'une des affiches pour les européennes."Une économie hongroise, un ave © Radio France / Florence La Bruyère
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.