Un questions-réponses réalisé avec Thibaut Cavaillès, en direct de Tanger, au Maroc

Vote, urne
Vote, urne © Radio France / Tooby

Au Maroc auront lieu ce vendredi les élections législatives anticipées, à la suite de la réforme de la Constitution proposée par le roi Mohammed VI pour calmer la rue en cette année de printemps arabe. Une réforme largement acceptée, le premier juillet dernier, par référendum.

A trois jours de ce scrutin, où en est-on de cette « révolution pacifique » marocaine ?

Une « révolution pacifique» effectivement, ou encore une « évolution ». Si l'on s'en tient aux propos des grands de ce monde, « l'exception marocaine » fait la différence, en cette période charnière au Maghreb. Nicolas Sarkozy estimait, après ce référendum pour une nouvelle Constitution, que le Maroc allait "vers la démocratie".

Cette Constitution est censée donner plus de pouvoir au parlement et au chef du gouvernement et a été adoptée à... 98% ! Mais un pays qui va vers la démocratie avec un score aussi absolu suscite forcément des interrogations.De plus, depuis l'annonce du Roi pour un vrai changement, un journaliste a été envoyé en prison parce qu'il avait mis en cause le directeur des services de renseignement marocain. Un rappeur a également été incarcéré à cause de ses textes. Des millitants, aussi, ont été intimidés. Bref, subsistent encore de vieux réflexes hérités d'Hassan II. Et neuf mois après les premières marches pour plus de démocratie, certains continuent à manifester.Ces "saboteurs" comme me disait un taxi hier, ces "enquiquineurs" qui, estiment certains, font du tort au royaume, ce sont les militants du mouvement du 20 février.- Des militants qui, dimanche encore, étaient dans la rue .Et ce, dans tout le pays : Casablanca, Rabat, Tanger.

Rien dans la presse nationale, impossible d'avoir des chiffres officiels. Mais c'est à Tanger que, semble-t-il, ils ont été le plus nombreux (environ 10 000) avec un mot d'ordre : boycotter les élections législatives de vendredi. Et la participation sera, d'ailleurs, le premier enjeu de ce scrutin vendredi.

Dans un pays où le Roi fait tout -il règne, il gouverne- ses « sujets » ne se sentent pas rééllement investis politiquement, ne croient pas en la politique, faisant uniquement confiance à leur souverain. Lors des dernières législatives marocaines, en 2007, le taux de participation était seulement de 37%, un pourcentage basé sur le nombre d'inscrits. Et tous les Marocains, loin s'en faut, le sont.- On annonce la victoire des islamistes du PJD, le premier parti d'opposition, dans le pays. Cela augurerait-il d'un changement réel au niveau politique dans le pays ? Trente partis sont en lice et celui de la Justice et du Développement, qui claironne déjà haut et fort qu'il va remporter ces élections, est galvanisé par le résultat des islamistes d'Ennahda en Tunisie le mois dernier. Mais aura-t-il les coudées franches ? Pas si sûr.

Selon la nouvelle Constitution, le Premier ministre sera forcément choisi au sein du parti vainqueur. Par qui ? Par le Roi lui-même, qui gardera donc, comme avant, la mainmise sur la politique du pays. Régner et gouverner : le changement dans la continuité.

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