Un reportage deLaurent Geslin et Sébastien Gobert

« Au revoir Ianoukovitch, maintenant tu dois partir » : ce sont les paroles de cette chanson de rap d'un groupe de Donetsk, en Ukraine. Car même dans l'Est du pays, bastion électoral du Président ukrainien, les promesses du gouvernement ne font plus recette.

Népotisme, corruption massive… La population ukrainienne subit en silence pendant que les proches du pouvoir s'enrichissent. Dans le bassin minier du Donbass, l'élite locale exploite illégalement des mines de charbon et en tire des revenus colossaux, pendant qu’hommes, femmes et enfants meurent en creusant la terre.

Dans les plaines de l'est de l'Ukraine, autour de la ville de Donetsk, les seuls sommets qui découpent l'horizon sont ceux des terrils, des mines de charbon. Mais depuis la chute de l'URSS, en 1991, le bassin houiller du Donbass vit des jours difficiles. Beaucoup de mines ont fermé leurs portes et la population est obligée de creuser la terre pour pouvoir survivre. Au volant de sa voiture, Sacha Ponomarenko, fait le tour des mines illégales qui se sont multipliés ces quatre dernières années dans le petit village de Zuyevka.

Sacha Ponomarenko : « Les salaires vont de 40 à 70 euros par shift, et un mineur gagne en général 1000 euros. C'est très bien payé pour la région. C'est un système illégal très corrompu, il faut toujours payer quelqu'un. Avant, les propriétaires de mines illégales devaient verser au maire 200 euros par mois ».

Des pelles, des pioches, quelques rondins de bois pour soutenir les galeries : l'équipement des mineurs est souvent rustique et les risques nombreux. Selon les sauveteurs des services d'urgence de la ville de Donetsk, 300 personnes meurent chaque année dans les mines, ensevelies dans les galeries, ou tuées par des explosions. Une situation intolérable pour Mykhailo Volynets, le Président d'un syndicat de mineurs indépendants.

Mykhailo Volynets: « Nous voulons lutter contre la corruption dans les mines de charbon, contre l'utilisation « d'esclaves » et contre le travail des enfants dans ces mines illégales. Dans certains villages, il y a des adolescents qui ne vont pas à l'école, et qui travaillent dans ces mines ».

Difficile, cependant, de lutter contre le phénomène, car la police et les autorités organisent le trafic. Le charbon extrait des mines illégales est vendu aux mines d'Etat pour un prix inférieur au marché, puis intégré dans la production officielle. Selon certains experts, près de 10% du charbon produit en Ukraine seraient issus des concessions illégales. Pendant que les proches du pouvoir se remplissent les poches, les habitants de Zuyevka observent d'un œil résigné les camions chargés de charbon qui passent devant leurs portes. Volodya est un ancien mineur.

Volodya : « Rien. Ca ne rapporte rien aux habitants, rien au village. Que des problèmes. Pour l'écologie aussi, parce que la terre s'appauvrit. Les conditions de travail sont pitoyables et il y a très souvent des accidents. On se fait dépouiller de nos droits. Et personne ne sait qui en profite vraiment »

Certaines rumeurs affirment que le business des mines illégales serait directement contrôlé par Alexandre, le fils du Président Ianoukovitch. Mais difficile de prouver quoi que ce soit. Dans la région de Donetsk, les autorités locales évitent de faire des vagues, tant que les billets rentrent et les chefs sont satisfaits.

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