Un reportage de Solenn Honorine, à Johannesburg, en Afrique du Sud

Doreen Kuhmalo, de l'ONG Tlhago, à Johannesburg : «Même sur les immeubles, vous pouvez jardiner, sur les toits, vous pouvez jardiner, sur les balcons vous pouvez faire votre jardin avec des vieux pneus et des barils. Alors ne dites jamais que vous avez faim »

Doreen Kuhmalo est membre de l’ONG Tlhago. Elle a lancé, il y a un an, un projet de jardins urbains sur les toits des immeubles du centre-ville de Johannesburg.

Car comme bien d’autres nations africaines, l’Afrique du Sud connaît une très forte migration rurale vers les grandes villes. Mais avec un taux de chômage très important, difficile pour les nouveaux arrivants de trouver du travail et de se nourrir convenablement.

Le but du projet : réintégrer un peu de vert dans les assiettes.

Nous sommes sur le toit, en plein centre de Johannesburg, et juste à côté du linge qui sèche au milieu du béton, des piles et des piles de vieux pneus, bourrés de terreau, la seule touche de verdure au milieu de la ville.

Tshediso Phahlane : « C’est absolument parfait, car vous voyez des légumes verts, avec une combinaison d’herbes aromatiques, et tout cela est 100% bio. Ce que vous voyez, c’est la santé ! »

Tshediso Phahlane regarde avec fierté le jardin qui s’étend devant lui. Grâce à ses efforts et ceux des cinq autres membres de la coopérative Thlago, il procure non seulement un peu de verdure dans l’océan de béton, mais aussi du travail pour les habitants de ce quartier pauvre du centre de Johannesburg. Aujourd’hui, six personnes employées par la ville sont venues bêcher et biner à côté des bouches d’aération qui percent le toit.

Boyumé : « Faut en prendre soin, comme d’un bébé. C’est comme votre enfant, il faut lui donner le bain tous les jours, comme ça il reste bien frais »

Boyumé s’affaire au-dessus du haut baril fait de vieux pneus où se hérisse le bouquet d’épinards qui agrémentera l’assiette de son fils ce midi.

Boyumé : « Je vais d’abord bien le laver, chauffer mon huile, rajouter des oignons, du poivron, un bouillon cube… Je servirai ça avec de la bouillie de maïs, parce qu’en ce moment je n’ai pas d’argent pour acheter de la viande. Mais au moins, on n’a pas faim, on a une belle assiette sur la table »

Betteraves, persil, kalé, citron, raisins, figues ou oignons : les gens qui, comme Boyumé, viennent travailler sur le jardin du toit, ne sont pas les seuls à profiter de la récolte. Celle-ci est vendue aux habitants de l’immeuble qui peuvent ainsi acheter légumes organiques bon marché, herbes aromatiques et des crèmes et pommades traditionnelles, faites sur place.

Doreen Kuhmalo, la vice-présidente de la coopérative, espère que l’association pour un logement accessible, qui leur a prêté le toit de l’immeuble African Diamond il y a un an pour ce projet pilote, fera passer le projet à la vitesse supérieure.

Doreen Kuhmalo : « Ils ont 69 immeubles. Si vous plantez des jardins sur les 69 toits, la ville sera verte. Tout le monde mangera sainement »

La coopérative affirme que chaque toit permettrait de nourrir 50 personnes tout au long de l’année.

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