Un reportage de Frédéric Ojardias, à Séoul, en Corée du Sud

Le pasteur Lee Jong-rak :

Quand la sonnerie retentit, nous venons chercher le bébé en moins de dix secondes. Parfois, la mère laisse une lettre, ou une vidéo.

La Corée du Sud
La Corée du Sud © radio-france

L’homme que nous venons d’entendre est un pasteur qui a installé une « boîte à bébé » dans le mur de son église de la banlieue de Séoul. Une boîte dans laquelle les mères désespérées peuvent déposer leur enfant de façon anonyme. Car depuis l’année dernière et le vote d’une nouvelle loi sur l’adoption, les abandons seraient en forte hausse. Après avoir encouragé, les adoptions d’enfants coréens à l’étranger, la Corée du Sud les limite aujourd’hui et cette loi est accusée de provoquer une hausse des abandons anonymes.

La nouvelle loi sud-coréenne oblige les mères qui veulent confier leur bébé à l’adoption à inscrire la naissance sur leur registre familial. Mais dans une société encore très traditionnelle où les mères célibataires ne sont pas acceptées, beaucoup refusent de laisser toute trace administrative et préfèrent accoucher clandestinement.

Avant l’entrée en vigueur de la nouvelle loi, la triste « boîte à bébés » du pasteur Lee Jong-rak recueillait deux nourrissons par mois en moyenne. Il en reçoit désormais une vingtaine :

La nouvelle loi sur l’adoption ne correspond pas à la réalité. Elle doit être changée. Sinon, les bébés continueront d’être abandonnés, et leur vie sera menacée. Les mères célibataires aussi sont des victimes de cette nouvelle loi.

La nouvelle législation vise aussi à réduire les adoptions internationales. Hyun-sook et Arnaud sont un couple franco-coréen. Ils vivent au Japon. Ils souhaitent adopter un bébé coréen, mais la loi leur interdit :

La loi a créé des conditions supplémentaires pour l’adoption, surtout pour les couples étrangers ou les Coréens qui habitent à l’étranger. C’est maintenant extrêmement difficile et pour nous, de fait, impossible puisqu’on est un couple franco-coréen vivant Japon: on ne rentre dans aucune des peu de cases qu’ils ont laissées pour les enfants qu’on adopte et du coup, on est dans l’impossibilité d’adopter.

Hyun-sook explique que les adoptions illégales se multiplient, notamment via Internet :

Si vous laissez un message sur les forums en ligne en disant que vous voulez adopter, vous recevez de nombreux messages de jeunes mamans. Comme elles ne veulent pas que leur bébé soit inscrit sur leur registre familial, beaucoup me demandent si elles peuvent utiliser ma carte d’identité pour accoucher à l’hôpital. Elles préfèrent accoucher sous une fausse identité.

Jane Jeong Trenka est une Coréenne adoptée aux Etats-Unis, qui est revenue vivre à Séoul. Elle a milité en faveur de cette nouvelle loi. Elle accuse les agences d’adoption de tirer profit de l’envoi d’enfants à l’étranger, et rappelle le droit des enfants à connaître leurs parents biologiques :

Les enfants ont le droit à une identité. Et ce droit est inscrit dans les traités internationaux des droits de l’Homme. Quand vous parlez des adoptés coréens, vous parlez de très nombreuses personnes qui ont été adoptées avant la nouvelle loi. Nous, nous sommes ces enfants laissés [anonymement] dans la « boîte à bébés ». Et nous sommes revenus en Corée pour dire que la procédure d’autrefois n’était pas satisfaisante.

De janvier à aout, 152 nourrissons ont été abandonnés de façon anonyme en Corée du Sud, contre 62 pour la même période l’année dernière. Mais Jane Jeong Trenka estime que cette hausse est due à une « mauvaise compréhension » de la nouvelle loi, et elle demande au gouvernement sud-coréen des politiques de soutien des mères célibataires.

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