Un questions-réponses réalisé avec Christine Dupré, en direct de Prague, en République Tchèque

Tunnel
Tunnel © ditav_v

Tous ceux qui ont visité la capitale tchèque ont été séduits par sa beauté, beauté aujourd’hui menacée car pour tenter de réduire la circulation automobile, la municipalité s'apprête à construire toute une série de tunnels interurbains. Prague est-elle en train de se transformer en gruyère ?__

__ En tous cas, la construction d'un premier "monstre" est déjà bien avancée. Le tunnel répond au doux nom de Blanka. Il devrait couvrir plus de 6 km et s'articuler avec un périphérique nord-ouest. Blanka va coûter très cher, plus d'un milliard d'euros. Le budget initial est déjà dépassé de 10 % et les travaux ont pris du retard. Le tunnel, qui devait ouvrir à la fin de cette année, ne sera pas mis en service avant 2014. La construction empiète sur deux parcs.

Elle a déjà provoqué trois effondrements de terrain et causé bien des difficultés aux Pragois qui vivent ou travaillent près du chantier. De plus, nombre d'études réalisées par des urbanistes indépendants et par les défenseurs de l'environnement, mettent en doute son efficacité : Blanka semble en mesure de fluidifier la circulation automobile dans Prague.

La ville est aujourd'hui traversée par des autoroutes urbaines construites à l'époque communiste et en permanence embouteillées. Mais il est plus que probable que les embouteillages se déplaceront vers les entrées du tunnel et que sa simple présence incitera plus de gens à prendre leur voiture pour se rendre dans le centre-ville.

-Malgré tous ces incidents et ces doutes, Prague envisage de construire par moins de huit tunnels. Comment expliquer cette obstination ? Une urbaniste française dit que la ville de Prague, dirigée par le conservateur Bohuslav Svoboda, fonctionnait avec la mentalité des élus de chez nous dans les années 60 et 70 : il y a plus de voitures, donc il faut des tunnels. Personne ne parle de construire à l'entrée de la ville des parkings, d'inciter les habitants à prendre davantage des transports en commun qui marchent bien dans cette capitale de taille moyenne. En fait, de lourds soupçons de corruption pèsent sur le chantier. Il n'y a aucune transparence dans la prise de décision au sujet de Blanka.

L'opposition et les medias tchèques affirment que ces travaux gigantesques servent surtout à remplir les caisses d'entreprises de bétonnage amies du parti conservateur qui dirige Prague depuis le début des années 90. C'est d'ailleurs à cette époque qu'a surgi dans le vocabulaire le verbe « tunneler ». En tchèque cela veut dire « détourner de l'argent ».

-Les Pragois ne sont pas attachés à la beauté de leur ville, ni à leur qualité de vie ? Une majorité de Pragois ne veulent pas du tunnel. Ils l'ont fait savoir voici presque un an, à l'occasion des municipales, en donnant la victoire à un nouveau petit parti de droite qui avait promis d'étudier la question et d'ouvrir un débat sur le bien fondé de la construction du tunnel. Mais ce parti n'avait pas de majorité. Les conservateurs se sont alliés à leurs frères-ennemis sociaux-démocrates pour conserver le contrôle du conseil municipal. Blanka sera construit. Malgré tout, la polémique a fait pour la première fois comprendre aux Pragois, même aux plus attachés à leur voiture, qu'ils risquaient de perdre un jour leur qualité de vie.

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