Un reportage de Grégoire Pourtier, à Addis Abeba, en Ethiopie

Salomon : « Je joue à la pétanque. Je suis un tireur. La première fois, j’ai joué à la pétanque au club des cheminots. Je n’ai jamais joué à une autre place »

En Ethiopie, on n’a pas pour habitude de parler français, et encore moins de jouer à la pétanque. Mais Salomon et ses amis du Club des cheminots, qui travaillent ou ont travaillé autour du chemin de fer longtemps exploité par une compagnie française, continuent à tirer et de pointer dans une ambiance très provençale.

Au cœur de la ville, à portée de cochonnet de la voie de chemin de fer désaffectée, le club des cheminots semble hors du temps. Sur les 5 pistes bien entretenues, d’élégants retraités et des jeunes à l’allure plus sportive s’y défient chaque jour boule en main.

Salomon : «Je tire, et puis je pointe aussi . »

La soixantaine, Menker est un ancien technicien motoriste de la compagnie de chemins de fer. Il s’est évidemment mis à la pétanque avec ses collègues français.

Menker : « Les anciens nous ont appris à jouer à la pétanque. Avant, c’était avec des Français. A Dureda, on jouait avec des Français. C’était bien ! Et puis les Ethiopiens se sont mis à travailler avec des Français. Et maintenant, on est de vieux joueurs de pétanque. »

Il vient au club presque tous les jours retrouver ses amis. A Addis Abeba, comme à Diradawa ou à Wache, les autres stations de la ville, on semble ne se souvenir que des bons moments passés avec les Français.

Mesker : « On allait dans des fêtes avec les Français, on passait la soirée avec eux, dans la ville… C’était une bonne époque. On était des amis et franchement, cela venait du cœur. »

Cheminot pendant 20 ans, Salomon a dû changer de voie il y a 2 ans : il n’y avait plus de travail pour lui. Il continue malgré tout à jouer à la pétanque, puisqu’il a été champion locale en 2011 et parce que l’association pratique des prix défiant toute concurrence pour ces travailleurs ou retraités modestes.

Salomon : « Un café, de thé, du beurre, c’est moins cher pour nous. »

Acheter des boules reste en revanche inaccessible. Il doit en emprunter à chaque partie, comme la plupart des jeunes qui ont démarré le travail après l’époque française, où les collègues laissaient leur triplette au moment de retourner dans l’hexagone.

Salomon : « Ca c’est notre problème, c’est que ça n’est pas à moi. Je n’ai pas de boules parce qu’on ne peut pas en trouver sur les marchés aussi. Beaucoup de monde trouve les boules françaises, venues de France. »

Salomon parle français car c’est encore pour quelques temps la langue du rail éthiopien. Mais si le pays renoue aujourd’hui avec le chemin de fer, les temps ont changé. Ce sont désormais les Chinois qui sont en charge de l’investissement, et Mesker constate qu’ils se font beaucoup plus discrets que leurs prédécesseurs, ne se mêlant pas à la population locale.

Mesker : « Ils travaillent, ils rentrent chez eux et c’est tout. Je ne les ai jamais vus au bar, aux endroits où passer le temps, aux cafés, etc. On el ne les voit pas. »

Ainsi, peu de temps que le majong s’impose, à l’image de la pétanque, comme une évidence pour quelques centaines d’Ethiopiens.

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