Reportage de Joël Bronner correspondant de RFI pour France Inter à Kaboul en Afghanistan

Azizi, interprète :

La langue française, c’est une langue nulle, en Afghanistan, c’est vrai, une langue qui ne marche pas ! Nous sommes des francophones afghans, on sauve les vies militaires françaises et, actuellement, on est dans une situation obscure.__

Nous sommes à Kaboul, en Afghanistan. Comme Azizi, de nombreux anciens interprètes de l’armée française sont aujourd’hui désabusés. Et inquiets aussi. Dans leur pays, la situation sécuritaire ne cesse de se dégrader. Eux qui se sentent, en outre, considérés comme des parias et qui se disent menacés, en raison de leur ancien travail auprès des forces françaises, restées plus de dix années, en Afghanistan. A leur demande de visas, Paris a simplement répondu pour l’instant qu’ils ne correspondaient pas aux critères exigés par la France.

Sur environ 250 demandes, Paris a accordé 73 visas aux anciens interprètes de l’armée française. Restés à Kaboul, les traducteurs éconduits expriment pour leur part un sentiment d’injustice. D’où une manifestation début mars d’une trentaine d’entre eux, représentés par Abdul Raziq.

Abdul Raziq, interprète :

Je suis allé devant de l’ambassade de France et il y avait un colonel, un attaché militaire qui est sorti de l’ambassade et le colonel m’a dit que le processus des visas pour les interprètes c’est fini, c’est terminé, il n’y a plus de visas. On nous a dit de rentrer chez nous.

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Malgré cet échec, l’écho médiatique de leur action a permis le contact entre ces anciens interprètes et un collectif d’avocats qui, depuis la France, s’apprête à lancer une démarche judiciaire. Une sorte d’opération de la dernière chance pour ces hommes, qui comme Daryoush, rêve de voir Paris revenir sur son refus initial de leur accorder un visa.

Daryoush, interprète :

Je me plains pas, l’armée française c’est comme ma famille. Ils m’ont donné du salaire, ils m’ont donné du logement, ils m’ont donné de la nourriture. Ils m’ont éduqué, formé, entraîné. Mais il faut que l’armée française ou le peuple de France ou les autorités, il faut qu’ils fassent une révision, un renouvellement dans sa décision pour que ces pauvres Afghans aient une chance de vivre tranquillement, dans un environnement pacifique en fait.

Une capacité d’intégration supposée, une menace actuelle et prouvable dans un climat de menace diffus… Les critères mis en avant par Paris suscitent l’incompréhension des anciens interprètes. Comme Adib, qui tout en évoquant Victor Hugo ou celui qu’il appelle Jean-Paul Sarter , ne retrouve pas la France telle qu’il a apprise à l’école, française, de Kaboul.

Ex-interprète afghan de l'armée française
Ex-interprète afghan de l'armée française © Joël Bronner

Adib, interprète :

Notre vie est en danger, ça c’est notre problème. Mais il y a une idée chez nous que, voilà, la France c’est le premier partisan de protection de valeurs d’humanité dans le monde entier. Mais maintenant on ne sait pas pourquoi ils sont indifférents.

D’où leur espoir de voir à présent la justice française contredire l’administration et leur offrir une porte de sortie.

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