Un reportage de Bineta Diagne, à Diabougou, au Sénégal

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Chercheur d'or
Chercheur d'or © JeanFred

Mora Keïta , travailleur malien : « On est venus chercher de l’or ici. Malheureusement, il n’y a qu’un petit peu d’or. Ca peut nous aider à manger, nous aider à avoir quelque chose. Comme on n’a pas de travaille au Mali, on est venus chercher du travail ici »

Mora Keïta est Malien. Il travaille au Sénégal depuis six mois, avec de nombreux travailleurs ghanéens, burkinabés ou mauritaniens. Il espère s’enrichir grâce à l’orpaillage. La région sénégalaise de Kédougou, frontalière avec le Mali et la Guinée, est très convoitée pour ses sols riches en or. Des milliers de travailleurs s’y rendent chaque mois pour tenter leur chance dans des exploitations artisanales. Diabougou est l'un de ces villages littéralement métamorphosés par la découverte de l’or.

Tout commence à l’ombre de vastes abris en paille : plusieurs dizaines de travailleurs, lampe-torche scotchée sur le front, marteau artisanal à la main, descendent dans de profondes galeries pour chercher de l’or. Fadiélé Keïta, un travailleur malien.

Fadiélé Keïta : « Deux personnes descendent. Elles tapent la pierre avec le marteau et leurs bras. Nous avons tiré de l’or : 1,6 kg. Moi, j’ai gagné 500.000 Francs CFA au plus cher »

500 000 Francs CFA, soit 762 euros en six mois de travail. C’est peu et pourtant, plusieurs autres milliers de travailleurs de Guinée, du Mali, de la Mauritanie et du Ghana, affluent en permanence au village de Diabougou pour trouver de l’or.

Ici, les orpailleurs travaillent de 7h à 17h. C’est une véritable fourmilière : après avoir extrait des pierres dans les mines, les orpailleurs les réduisent en poussière dans des moulins traditionnels, avant de procéder à plusieurs lavages spéciaux.

Tamba Keïta tient entre ses mains des couscoussiers, dans lesquels il tamise le sable contenant l’or. Il utilise du mercure pour séparer le minerai de l’or.

Tamba Keïta : « Ici on lave la terre. On descend la terre sur le tapis pour récupérer l’or, qui reste posé sur le tapis. Après, on rince ce tapis. Puis on met un produit. Puis on frotte pour récupérer l’or. Et là, on réutilise un produit. Au minimum, on peut trouver 2 grammes par jour »

Ici, l’or s’échange à 34 euros le gramme. Il est ensuite revendu à Dakar et à Bamako.

A Diabougou, la découverte de l’or a radicalement modifié les modes de vie.

Il y a seulement trois ans encore, le village comptait seulement une dizaine de cases en banco. Aujourd’hui, il est totalement encerclé par plusieurs dizaines de campements de travailleurs. Il y a désormais, un marché, des bars, des casinos, des motos… Mais paradoxalement, il n’y a ni électricité, ni case de santé. Avec ce surpeuplement, il a fallu instaurer une sorte de police locale un peu improvisée, qui résout tous les problèmes du village. Karim Cissé est l’un d’eux.

Karim Cissé : « Nous, on parle pour que les gens puissent se comprendre. Ceux qui sont victimes de vol viennent ici. Les problèmes peuvent arriver à tout instant, car il y a beaucoup de monde »

A Diabougou, malgré l’enrichissement spontané des travailleurs, il n’y a pas d’eau potable. Alors, les habitants consomment principalement l’eau du fleuve, qui se vend 15 centimes d’euros le bidon.

Mora Keïta, un travailleur malien : « Nous, c’est là où l’on prépare, on travaille avec cette eau, on la boit… Est-elle potable, cette eau ? Quand elle ne donne pas de maladie, c’est qu’elle est potable ! »

A longueur de journée, des travailleurs poussent des charrettes débordant de bidons d’eau pour les distribuer aux villageois. Mais cette situation inquiète Karim Cissé, un responsable du village.

Karim Cissé : « Si l’eau n’est pas potable, on attrape des maladies, comme la diarrhée. Ce n’est pas normal qu’on boive l’eau du fleuve. Mais comme on n’a pas la possibilité de faire autrement, on la boit »

A l’image de Diabougou il y a, dans cette région orientale du Sénégal, plusieurs autres dizaines de villages totalement métamorphosés par l’exploitation de l’or. Des villages qui attirent eux aussi, les convoitises de grandes sociétés minières et de travailleurs de l’Afrique de l’ouest.

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