Un questions-réponses réalisé avec Christine Dupré, à Bratislava, en Slovaquie

Slovaquie
Slovaquie © gaetanku

En Slovaquie, pays d'Europe centrale membre de la zone Euro, le débat sur l'aide à la Grèce a provoqué, à l'automne dernier, la chute du gouvernement de centre-droit. Des élections législatives anticipées auront lieu le 10 mars. Mais ce qui occupe en ce moment les slovaques, c’est "l'affaire Gorille" un scandale de corruption impliquant tous les grands partis. Une affaire assez compliquée… __ En décembre dernier, un site américain a publié des transcriptions d'écoutes du SIS, le FBI slovaque. Ces écoutes réalisées dans un appartement de Bratislava et dans un chalet des montagnes Tatra entre 2005 et 2006, faisaient état de rencontres secrètes entre un émissaire du plus gros fonds d'investissement slovaque, Penta, et d'autres émissaires de partis politiques : des gens de la droite alors au pouvoir du Premier Ministre Mikulas Dzurinda, de l'opposition de gauche, des partis hongrois. Bref, tout le monde se serait vu promettre des pots-de-vin en échange de décisions favorables à divers investisseurs étrangers sur des projets de grandes privatisations.

En 19 ans d'existence indépendante, la Slovaquie n'en est pas à sa première affaire de corruption. Mais ce qui choque ici, c'est d'une part que cette corruption a les visages et des noms de gens très proches du pouvoir, mais aussi que "tout le monde était au courant" : police, monde judiciaire, journalistes, Président de la République.

Tout ceci se passe dans un contexte de crise politique et de grand mal-être social et économique : la Slovaquie reste un pays pauvre en dépit d'années de politiques ultra libérales et d'une multitude d'investissements étrangers. Depuis deux mois, les jeunes sont dans la rue. Ils demandent à tous les leaders des partis politiques des 10-15 dernières années de quitter leurs fonctions. __ - Les écoutes ont-elles été authentifiées ? Non, du moins il n'existe pas d'enregistrement rendu public, seulement des transcriptions écrites. Cela gène beaucoup d'intellectuels slovaques qui veulent se battre contre la corruption, mais incitent les jeunes à ne pas céder à la tentation du « tous pourris ». Les grands journaux ont confirmé avoir été mis au courant de ces écoutes depuis des années, mais n'avoir rien publié par crainte de faire l'objet de poursuites.

Le ministère de l'Intérieur a, lui, confirmé qu'une opération d'écoutes baptisée « Gorille » avait bien été autorisée. Une enquête est en cours. Les politiciens mis en cause ne nient pas avoir eu des « contacts occasionnels » avec les représentants de Penta.

- Cette affaire aura-t-elle un impact sur les élections du 10 mars ? Difficile à dire. D'un côté, le rejet de l'élite des quinze dernières années pourrait profiter à de nouvelles petites formations, populistes et anti-européennes.

Mais selon les sondages, la gauche devrait remporter une confortable victoire alors même que son chef, Robert Fico, est cité comme un participant et un bénéficiaire du scandale Gorille par les documents du SIS. Mais son parti, « la Voie », c'est l'opposition au gouvernement libéral sortant d'Iveta Radicova et les gens lui font confiance pour améliorer leurs conditions de vie. __

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