Un reportage de Philippe Reltien, correspondant de France Inter à Pékin, en Chine

Juon, Tibétaine : « Pour le nouvel an on danse. On rentre dans l’Ando une partie du Tibet. Trois jours, trois nuits pour aller au Tibet. C’est le nouveau train, là, direct jusqu’à Lhassa »

Dragon chinois
Dragon chinois © miheco

Juon, cette Tibétaine qui vend des toques de fourrure dans les rues de Pékin rentre au pays pour la première fois depuis 6 ans, dans un train direct. Elle fait partie des 230 millions de travailleurs migrants qui se seront déplacés pour le Nouvel An Chinois.

L’année du dragon a commencé cette nuit et à cette occasion, la gare de Pékin a été pendant 2 semaines le centre de chassés-croisés, notamment pour ceux que l’on appelle les « Mingongs ».

Les ouvriers paysans Mingongs sont la clef de la croissance chinoise. Une main d’œuvre obéissante, sur tous les fronts du développement, aux quatre coins de la Chine et en particulier dans les villes où ils n’ont pas le « Hukou », le permis de résider. Ils reviennent dans leur village chargés de balluchons. Ils ne savent plus où caser la machine à masser les pieds et de cadeaux, des spécialités locales et paysages encadrés. Ce sont en grande majorité des hommes ; les épouses restent cultiver le lopin de terre. Ils rentrent sans savoir quand et où ils repartiront avec le salaire qu’ils viennent de toucher. Monsieur Shou, 50 ans, grand sourire, se repose accroupi devant sa valise.

Shou, paysan : « Cela m’a pris 37 heures pour revenir du Hunan. Les sièges étaient durs mais j’ai quand même réussi à dormir. La distance est d’environ3.000 kilomètres. Je m’occupe de tout ce qui est production d’énergie avec des éoliennes. Pas sûr que je rentre au Hunan, je ne sais pas combien de temps je vais rester chez moi. Mon travail est terminé au Hunan, il faut donc que j’attende d’avoir une autre occasion, sur un autre chantier. On m’a payé. 3.000 et quelques par mois, 400 euros. J’ai aussi un peu de terres, oui. On vous souhaite une très belle fête du printemps. Que vous deveniez riche ! »

Plus de la moitié de leur salaire est réinvesti localement. La campagne chinoise, en train de se dépeupler, s’enrichit ainsi plus vite que les villes où, pourtant, les revenus sont en moyenne trois fois plus élevés. En 2011, le nombre des travailleurs migrants a augmenté de 18 %, ce qui montre bien que même si l’on tient compte du vieillissement de la population en âge de travailler, cet exode continue.

La génération suivante est celle de Monsieur Lou, basket Nike colorées, jean et doudoune, col en V. Il ramène du canard salé dans de belles boites rouges. Il a l’air contrarié, parce qu’il n’a pas trouvé de billet de train bon marché. Le nouveau système de réservation des billets de train par internet a complètement déraillé.

Lou, ouvrier : « Sur Internet, je n’ai pas réussi. Et je n’ai pas non plus réussi à avoir la ligne. J’ai commencé 20 jours à l’avance et je n’ai jamais réussi à réserver un billet. J’ai commencé à acheter le billet de TGV pour faire Nankin-pékin. Pour aller à Harbin, j’y vais en bus. Il me faudra environ douze heures de bus pour rentrer à Harbin. Je travaille dans l’entreprise qui construit le métro. Notre compagnie nous aide à payer mais ne nous achète pas vraiment le billet »

« Xin Nian Kuai », bonne année du dragon à vous tous !

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