Reportage de Florence La Bruyère, correspondance à Budapest, Hongrie

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Affiche du parti satirique hongrois "Le chien à deux queues"
Affiche du parti satirique hongrois "Le chien à deux queues" © parti satirique hongrois "Le chien à deux queues"

Gabor Gyulai, chargé de mission au Comité Helsinki pour les droits de l’homme :

Le comité Helsinki reçoit beaucoup plus de messages de solidarité qu’avant. On reçoit des offres de gens qui veulent aider les demandeurs d’asile, qui veulent les inviter à prendre un café, ou qui veulent leur donner un emploi. Ce n’est jamais arrivé avant.

Gabor Gyulai__ que vous venez d’entendre, travaille au Comité Helsinki, une ONG qui offre une assistance aux migrants qui arrivent en Hongrie.

Ils sont de plus en plus nombreux : 50.000 demandeurs d’asile depuis le début de l’année, en provenance d’Afghanistan, de Syrie et d’Irak. Mais ils ne sont plus les bienvenus. La semaine dernière, le gouvernement a annoncé son intention d’ériger un mur entre la Hongrie et la Serbie.

Le premier ministre Viktor Orban n’est pas le seul à vouloir endiguer l’immigration clandestine. Mais il est le seul à construire le mur de la haine. Dans les rues, on peut lire des slogans xénophobes sur des affiches gouvernementales. Certains hongrois refusent cette campagne de haine. A Budapest c’est la guerre des affiches.

Renata, étudiante :

Là, on est devant une affiche, en face du grand restaurant Gundel, près du parc de Budapest. On l’avait déchirée une première fois, mais ils en ont recollé une autre. Alors on est revenus pour l’arracher une deuxième fois.__

Renata Csik est une étudiante de 23 ans. Elle milite au petit parti d’opposition centriste Együtt (Ensemble) . Avec ses amis, elle a déchiré les affiches du gouvernement hongrois. Des affiches qui disent : « Si vous venez en Hongrie, vous n’aurez pas le droit de prendre le travail des hongrois ». Un message xénophobe selon Renata.

Renata, étudiante :

Cette campagne nationale qui fait l’amalgame entre immigration et terrorisme, c’est vraiment une honte. On n’est pas les seuls à déchirer les affiches, il y a aussi de simples citoyens. Le gouvernement incite les gens à la haine. Et ça, on n’en veut pas.__

Presque tous les panneaux du gouvernement ont été arrachés ou gribouillés. Sur les murs, et sur Internet, on voit fleurir les slogans qui tournent en dérision la propagande du pouvoir. Gergely Kovats, président du parti satirique hongrois « Le chien à deux queues », est en train de faire imprimer 800 affiches :

Gergely Kovats, président du parti satirique hongrois « Le chien à deux queues » :

On veut montrer aux étrangers qu’on est plus accueillants que notre gouvernement, alors on aura des slogans en anglais :« Bienvenue en Hongrie », « On s’excuse d’avoir un premier ministre pareil »…. Et bien sûr, on aura des affiches en hongrois, sur les « affaires » qui touchent le gouvernement. Parce que c’est le but de leur campagne de haine. Ils veulent détourner notre attention des scandales.__

Mais à la télévision et à la radio, on entend tous les jours la propagande du gouvernement. La Hongrie connaîtrait une invasion de réfugiés, et ce sont tous des terroristes potentiels.

Pour Gabor Gyulai, du comité Helsinki des droits de l’homme, l’unique ONG hongroise qui offre une assistance aux demandeurs d’asile, cela ne correspond pas du tout à la réalité.

Gabor Gyulai, responsable du programme d’assistance aux demandeurs d’asile, Comité Helsinki pour les droits de l’homme :

C’est vrai, il y a beaucoup de plus de demandeurs d’asile qu’avant. Mais c’est aussi vrai que la grande majorité s’en va tout de suite. Ils quittent la Hongrie dans les 3 à 5 jours suivant leur arrivée sur le sol hongrois. Donc ce ne sont pas les mêmes chiffres qu’en France, en Allemagne ou en Suède, où les demandeurs d’asile restent pendant des mois, des années…

En Hongrie, la grande majorité des demandeurs d’asile vient de l’Afghanistan, de la Syrie et de l’Irak en ce moment. Au mois de mai, les trois quart des demandeurs d’asile étaient des réfugiés de guerre. Je me demande : s’ils ne sont pas de vrais réfugiés, alors qui sont les vrais réfugiés ?__

La plupart des migrants passent en Hongrie par le sud, par la Serbie. Le gouvernement de Viktor Orban veut durcir la loi pour leur dénier le droit d’asile et les renvoyer automatiquement en Serbie.

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