Un reportage de Frédéric Ojardias, à Séoul, en Corée du Sud

DJ Soulscape : «Quand j’ai découvert la musique coréenne géniale des années 60, cela m’a stupéfait. En tant que DJ, ça a été comme une renaissance»

Festival Green Plugged, Corée
Festival Green Plugged, Corée © Yoshi

En Corée du Sud, la jeunesse redécouvre ses trésors rock oubliés, à l’image de l’artiste que nous venons d’entendre, « DJ Soulscape ».

Bien qu’elle fut sous la coupe des dictatures militaires dans les années 60-70, la Corée du Sud a vu se développer une scène rock et psychédélique créative et talentueuse.

Les musiciens de cet âge d’or ont ensuite été réduits ensuite au silence par les généraux, jusqu’à ce que les jeunes Sud-Coréens redécouvrent aujourd’hui avec enthousiasme cet héritage musical riche et méconnu.

Le rock sud-coréen est né autour des bases militaires américaines, installées au Sud à la fin de la guerre de Corée. Dans les clubs destinés aux GIs, des musiciens coréens reprennent les grands classiques du rock’n’roll. C’est à cette époque que débute le plus célèbre de ces guitaristes, Shin Jung-hyun.

Shin Jung-hyun: « Tous les soirs, les soldats me demandaient de jouer un « solo de guitare ». Moi je n'avais aucune idée de ce qu'était un « solo »... J’ai demandé au manager du club : « mais de quoi ils me parlent ? ». Il m'a donné un 33 tours, et en l’écoutant, j'ai compris... Dès le lendemain soir, au club, je m'y suis mis. Et les soldats m'ont fait une standing ovation ! »

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Ces musiciens commencent alors à créer leurs propres compositions, et la jeunesse coréenne s’enthousiasme pour cette musique révolutionnaire. Mais ce succès est perçu comme dangereux par les généraux au pouvoir. Yukie Saito, guitariste et compositeur japonais passionné par cette période, raconte la répression qui s’installe au début des années 70.

Yukie Saito : «Les musiciens jouaient tous pour l’armée américaine… et les soldats américains fumaient tous de la marijuana. C’était vraiment facile de s’en procurer !

Le général Park a piqué une colère : plus de marijuana en Corée ! De nombreux musiciens, poètes, romanciers, se sont retrouvés en prison »

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Arrivent les années 80, la mode du disco… ces musiciens tombent dans l’oubli. Avant d’être redécouverts il y a quelques années, notamment par de jeunes artistes qui y trouvent une source inattendue d’inspiration. Comme par exemple DJ Soulscape.

DJ Soulscape : «Les rythmes de base sont très rock, boogaloo, ou soul. Mais ils ont un « groove » qui leur est propre, et qui vient de la musique traditionnelle coréenne. C’est ce qui rend cette musique si intéressante ! Je vois maintenant de nombreux groupes qui s’inspirent des thèmes de cette époque. Il y a même des labels qui sortent des rééditions. On assiste à une sorte de revival »

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Ces musiciens accèdent aussi pour la première fois à une forme de reconnaissance internationale : des compilations viennent ainsi de sortir chez un label américain.

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