Un reportage de Frédéric Ojardias, à Séoul, en Corée du Sud

Park Mi-kyeong :« Q uand je vois notre public qui se met à pleurer ou qui applaudit, j’ai le sentiment d’appartenir à une seule et même nation. Je me dis que c’est ça, le chemin vers la réunification.»

Park Mi-kyeong est une chorégraphe nord-coréenne. Après avoir fui la dictature du Nord, elle a créé au Sud la « troupe d’art folklorique de Pyongyang », une troupe composée d’artistes féminines réfugiées qui veulent réduire le fossé culturel grandissant entre deux Corée séparées depuis plus de 60 ans.

Park Mi-Kyeong a créé sa troupe il y a 10 ans. Une troupe composée uniquement de chanteuses ou de danseuses nord-coréennes qui ont fui leur pays. Elle donne désormais 150 spectacles par an, afin de faire découvrir la culture du Nord au public sud-coréen. Un public très démonstratif…

Park Mi-kyeong : « En Corée du Nord, les spectateurs attendent sagement la fin du spectacle pour applaudir. Alors qu’au Sud, même en plein milieu du show, les gens crient, applaudissent, demandent des « bis », expriment leurs émotions… L’attitude du public est vraiment différente entre le Nord et le Sud. Ici, c’est beaucoup plus libre, et c’est vraiment plus agréable pour nous. »__

En Corée du Nord, la majorité des chansons sont des œuvres de propagande à la gloire de la dynastie régnante des Kim et de leurs exploits présumés. Avant de les chanter au Sud, quelques ajustements sont donc nécessaires, comme l’explique Kim Ji-eun, une chanteuse de la troupe.

Kim Ji-eun : « Quand les paroles d’une chanson glorifient les Kim, nous les remplaçons par des textes qui parlent de liberté. Par exemple, si la chanson parle de gens cultivant leurs champs grâce à la générosité du Général Kim, nous chantons à la place l’histoire d’une jeune fille de Pyongyang qui part au Sud pour se marier avec un Sud-Coréen. »

Ce sont les Sud-Coréens les plus âgés qui apprécient le plus ce style musical, qui ressemble à ce qu’ils écoutaient dans leur jeunesse. Mais les plus jeunes, habitués à la « K-Pop », la musique populaire sud-coréenne, profitent aussi du spectacle. Comme par exemple Yoo Seung-bong.

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Yoo Seung-bong : « Certes, les relations entre les deux Corées ne sont pas bonnes en ce moment. Mais ce spectacle permet aux plus âgés des Sud-Coréens de se rappeler de vieux souvenirs. Et pour préparer la future réunification, le Sud et le Nord doivent faire des échanges culturels de ce genre, afin que tout le monde -les jeunes comme les seniors– puisse mieux connaître la culture de l’autre côté de la frontière. »

Les Nord-Coréens réfugiés au Sud sont victimes de nombreux préjugés et discriminations. Mais les jeunes artistes de la troupe d’art folklorique de Pyongyang sont invitées par les télévisions. Elles rencontrent le succès et montrent ainsi que des choses positives et artistiques peuvent aussi venir de Corée du Nord.

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