Florence La Bruyère, correspondante en Hongrie

Eva Acs, directrice de la ferme écologique :

La dernière fois que ce genre de choses est arrivé, c’était au Moyen Âge ! Quand l’armée turque détruisait les terres de l’ennemi. Eh bien ici, on est revenus au Moyen Âge.__

Sauvons Kishantos ! dit l'affiche. Depuis la ferme écologique a perdu ses terres et la récolte
Sauvons Kishantos ! dit l'affiche. Depuis la ferme écologique a perdu ses terres et la récolte © F. La Bruyère

Depuis plus de 20 ans Eva Acs dirige la ferme écologique de Kishantos.__

A 60 kms au sud de Budapest, la ferme de Kishantos est unique dans le pays. C’est une ferme associative qui cultive des céréales bio sur des terres d’Etat. Et c’est aussi un centre de formation sur le développement durable, ouvert à tous : fermiers, habitants, scolaires et étudiants.

Ces terres qui étaient organiques depuis plus de 20 ans sont en train de partir en fumée. Car L’Etat, propriétaire du sol, a mis fin au bail. Et préfère louer à des fidèles du pouvoir, sans obligation de cultiver du bio.

La terre suscite toutes les convoitises car un exploitant reçoit 300 euros /hectare de subventions.

Eva Acs dénonce l’accaparement des terres en Hongrie.

La ferme écologique a perdu ses terres mais a pu sauver son jardin botanique
La ferme écologique a perdu ses terres mais a pu sauver son jardin botanique © F. La Bruyère

Eva :

Ca c’est une rose magnifique, couleur bouton d’or…Là, on a des plantes médicinales… On a toutes sortes de menthes, et puis des tas de variétés de roses, de parfums, de couleurs…__

Eva Acs est fière de ce jardin que les écoles viennent souvent visiter. Il fait partie de la ferme biologique de Kishantos dont elle est directrice.

Créée il y a 22 ans par l’Etat hongrois, Kishantos cultivait des plantes bio sur 400 hectares : du blé, du lin ou du maïs 100 % bio, qui était vendus dans toute l’Europe. Avec l’argent, Kishantos finançait un centre de formation populaire sur le développement durable.

Eva Acs, directrice :

On louait des terres qui appartenaient à l’Etat. Mais Notre bail s’est terminé en octobre dernier. Et on a perdu nos terres. __

L’Etat a remis les terres en location et la ferme de Kishantos s’est portée candidate. Mais elle n’a pas reçu un seul centimètre carré. Pourtant les fermes organiques et les centres d’enseignement ont un droit de préemption. Les terres ont été louées à des proches du pouvoir. Alors Kishantos a porté plainte. Mais avant que la justice se prononce, les nouveaux locataires sont venus détruire les récoltes de Kishantos. Katalin Rodics, membre de Greenpeace, était là :

Katalin Rodics, membre de Greenpeace :

Avec leurs tracteurs, ils ont détruit toutes les récoltes plantées par Kishantos Nous, à Greenpeace on a décidé de ne pas chercher l’affrontement. Il y avait des vigiles armés, une douzaine de tracteurs, et puis la police… Mais ce qu’ils ont fait est totalement illégal. S’ils avaient attendu la décision de la justice, ils auraient peut-être gagné ! Et ils auraient ramassé cette récolte, qui avait beaucoup de valeur. Mais ils ne cherchaient qu’à détruire… __

La ferme écologique a perdu ses terres mais a pu sauver son jardin botanique
La ferme écologique a perdu ses terres mais a pu sauver son jardin botanique © F. La Bruyère

Comme le souligne Katalin Rodics de Greenpeace, L’histoire de Kishantos n’est pas exceptionnelle.

Katalin Rodics :

D’autres fermes organiques ont perdu leurs terres.__

L’office national de la terre n’a pas répondu à notre demande d’interview. En attendant l’issue de la douzaine de procès, le centre de formation de Kishantos continue. Mais sans recettes, son avenir est compromis.

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