Unreportage de Thibaut Cavaillès à Tripoli, en Libye

Le livre vert de Kadhafi
Le livre vert de Kadhafi © Radio France

Plus de Livrevert. Réduite en cendres, l'idéologie de Kadhafi une fois son régime tombé. L'homme qui nous parle s'appelle Mohammad Ali El Bakhbakhi. Il est bouquiniste en plein cœur de Tripoli, à deux pas de la place des martyrs. Il affirme être le seul, en Libye, à vendre des livres d'occasion, et ce, pour combattre Kadhafi par la culture.

Des manuels scolaires, surtout, et des amis qui viennent passer le temps... dans la librairie de Mohammad Ali Al Bakhbakhy. A 72 ans, il a le visage et le sourire d'un grand-père rassurant, attachant. Autour de lui, des étagères en bois poussiéreuses, des ouvrages abimés, entassés un peu partout. Peu de classiques, les livres sont rares en Libye, dit-il. Un Alexandre Dumas tout de même, un Tahar Ben Jelloun, les deux en français, ou bien un roman d'Agatha Christie en arabe. Pour le journaliste curieux, bien sûr, il n'y a qu'un seul livre à ramener de Libye : le Livre vert

de Mouammar Kadhafi.

Mohammad Ali Al Bakhbakhy : « Maintenant, il n’y en a plus. On les a brûlés. Cette époque est terminée.

Thibaut Cavaillès : « Mais vous ne pensez pas que c’est important de connaître l’histoire de la Libye, même par les pensées de Kadhafi ? »

Mohammad Ali Al Bakhbakhy : « Si, il faut réfléchir à l’histoire libyenne. Mais ceux qui vont travailler dessus, ce sont les intellectuels, parce que la plupart des Libyens sont incultes ».

Et cela, dit-il, c'est la faute aux méthodes de Kadhafi.

Avant sa retraite au milieu des livres, Monsieur Bakhbary a eu plusieurs vies. Il a fait du commerce international et était militaire, officier dans l'armée libyenne, jusqu'en 1970.

Mohammad Ali Al Bakhbakhy : « J'ai participé à la révolution de 1969. On s’était rendus compte qu’il y avait de la corruption, des choses qui n’allaient pas. Donc il la fallait, cette révolution. Une révolution, c’est pour changer, mais pas tous les jours. Kadhafi, lui, il faisait une révolution tous les jours ! »

La visite de sa librairie passe par un petit escalier en fer. En haut, son bureau. Et là, surprise : une lettre encadrée, accrochée au mur, signée Kadhafi, souvenir de 69. Et puis, en japonais, en italien… Il nous avait pourtant dit qu'il n'en avait plus, de ces livres verts que le régime distribuait aux commerçants.

Mohammad Ali Al Bakhbakhy : « Ceux-là, je les garde pour l’histoire »

Thibaut Cavaillès : « Donc vous étiez contre les idées de Kadhafi, mais vous n’hésitiez pas à faire de l’argent en vendant son livre, qu’on vous avait donné gratuitement ? »

Mohammad Ali Al Bakhbakhy : « C’est ça, le commerce ! Et puis ça me protégeait. Ceux du régime qui venaient et qui voyaient que je vendais le livre vert disaient ‘c’est bon’ et ils partaient »

Un grand-père rassurant, attachant, vous avait-on dit... et malin, aussi, ce Monsieur Bakhbakhy !

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