Un reportage de Maya Szymanowska, à Varsovie, en Pologne

Lech Walesa :

Nous avons obtenu la chose la plus importante : nous avons enfin un syndicat libre.

Lech Walesa, le film
Lech Walesa, le film ©

Lech Walesa, l'électricien de Gdansk, annonçait en 1980 la création de Solidarnosc, la première fédération de syndicats polonais indépendants du bloc communiste. Et celui qui fut ensuite le premier président de la Pologne libre, est le héro du dernier film du cinéaste Andrzej Wajda.

A 87ans, le réalisateur polonais revient dans les chantiers navals de Gdansk pour un portrait de son ami: « Walesa, l’homme de l’espoir ». Un film acclamé au festival de Venise mais qui fait polémique en Pologne, où la personnalité de Lech Walesa est encore très controversée.

Les chantiers navals de Gdansk ont résonné à nouveau des cris d'ouvriers en grève, mais il ne s'agissait que d'une reconstitution historique. 33 ans après les faits qui ont vu la naissance du syndicat Solidarnosc, le réalisateur Andrzej Wajda est revenu sur les lieux.

Lech Walesa est un personnage historique. Mais aussi un homme qui a suscité et suscite encore une interminable controverse. Et moi, je voulais dire ce que j'en pense personnellement. Je voulais donner mon opinion sur ce sujet, car j'étais au cœur des événements. Et je voudrais que tous les Polonais voient Walesa par mes propres yeux. Ce qui s'est passé ensuite : quand Lech Walesa est devenu président et toutes les affaires dans lesquelles il a été impliqué, ne m'intéressent simplement pas.

Andrzej Wajda admet avoir fait un film pour redorer le blason de l'ancien électricien des chantiers naval devenu après la chute du communisme, le premier président de la Pologne libre. Le film a provoqué une vive discussion en Pologne même avant sa sortie. Les conservateurs du parti « le Droit et la Justice » voient en Walesa un traître, qui a accepté de négocier avec les autorités communistes et certains l'accusent d'avoir été un espion à la solde des Soviétiques. Des militants de ce parti ont même manifesté durant le tournage devant le célèbre portail des chantiers, main dans la main avec certains ouvriers qui en veulent à Walesa de les avoir abandonnés.

Jan Krygier, aujourd'hui guide, a travaillé 29 ans comme électricien dans les chantiers naval de Gdansk :

Aujourd'hui, les chantiers devenus privés embauchent 1700 personnes. Et en 1970, l'année record, 17 200 ouvriers travaillaient ici. On produisait 32 navires chaque année. Maintenant, les chantiers navals de Gdansk en produisent un ou deux navires par an, et encore juste les coques. Les finitions, on les fait en Norvège.

La révolution mange ses enfants, c'est bien connu -les chantiers navals de Gdansk ont beaucoup perdu de leur splendeur d'antan, mais le cinéaste polonais a tenu à rappeler que sans ces ouvriers, et surtout sans l'un d'eux -Lech Walesa- rien n'aurait été possible. C'est pour cela que 32 ans après L'homme de fer, primé à Cannes en 1981, le biopic sur Walesa porte le sous-titre « L'homme de l'espoir » :

L'Histoire lui a donné raison. Si nous vivons aujourd'hui dans un pays libre, c'est grâce à l'imagination et au sens politique de Lech Walesa.

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Le rôle de Walesa interprété avec beaucoup de maestria par Robert Wieckiewicz, ne suffira peut-être pas à faire taire la polémique autour de l'ancien électricien. Mais Andrzej Wajda a réussi l'exploit d'avoir réalisé un film juste et passionnant du point de vue historique avec beaucoup d'images d'archives à l'appui.

Et on ne peut que s'émouvoir en réécoutant le discours de Walesa annonçant la naissance de Solidarnosc, le premier syndicat libre à l'est du rideau de fer.

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