Reportage de Sébastien Gobert, correspondant en Ukraine

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Poutine et Porochenko se sont rencontrés mardi
Poutine et Porochenko se sont rencontrés mardi © Reuters / Sergei Bondarenko

Pavlo

Je respecte mon président, j'aime mon pays, mais je n'ai aucune compétence pour tuer des gens, et je ne veux pas y aller.

Après des mois de conflit ouvert dans le Donbass, l'Ukraine pourrait s'acheminer vers une paix durable avec la signature, le 20 septembre, d'un mémorandum de paix à Minsk. Il reste encore de nombreux obstacles, bien que le plan de paix soit dénoncé par beaucoup comme un aveu de défaite. Il est temps d'en finir avec la guerre : le conflit a déjà coûté la vie à au moins 3000 personnes. Et l'impatience gronde à l'arrière du front, le soutien aux dirigeants militaires diminue. Pavlo Kuznitsov, que l'on vient d'entendre, est un jeune habitant de Lviv, la capitale très patriotique de l'ouest ukrainien. Lui a une excuse médicale. Mais s'il en avait la possibilité, il ne voudrait pas aller combattre. Il est loin d'être le seul : beaucoup de jeunes hommes ont déjà cherché des moyens d'échapper à la mobilisation...

A en croire les habitants de Lviv, le patriotisme ukrainien n'existerait pas sans leur soutien. Beaucoup se sont ici mobilisés pour soutenir d'abord la révolution puis l'armée ukrainienne dans l'est. Mais à cause des récentes défaites sur le front de l'est, l'état parfois pitoyable de l'armée et une forte défiance envers la chaîne de commandement, beaucoup sont désabusés. Les défilés de cercueils de soldats font aussi réfléchir les plus patriotes.

Vitaliy est dans sa cinquantaine, lui n'a pas été concerné par la troisième vague de mobilisation partielle qui vient de s'achever, mais il a déconseillé à plusieurs jeunes de partir pour l'est.

Vitaliy :

Qu'est-ce que les jeunes vont aller faire là-bas ? Ils ne savent pas comment manier une arme automatique, comment faire la guerre. A 17, 18 ans, qu'est-ce qu'ils vont faire là-bas ?

Plusieurs milliers de jeunes Ukrainiens ont évité la troisième vague de mobilisation qui s'est achevée début septembre. Soit en trouvant des excuses familiales ou médicales, soit en franchissant la frontière polonaise toute proche, et en restant à l'étranger aussi longtemps que nécessaire.

Le plan de paix du Président Petro Porochenko, qui pourrait mettre fin au conflit, consacre le renoncement de l'Ukraine sur le Donbass, qui se voit accorder un statut spécial à valeur d'indépendance. Les populations ukrainiennes locales pourraient vite se retrouver piégées dans un nouveau conflit gelé.

Mais à Lviv, l'annonce a été accueillie avec soulagement, comme l'explique Pavlo Kuznitsov.

Pavlo :

Ce mémorandum est une très bonne décision, car c'est une chance de tout arrêter. Mais je ne crois pas que Poutine s'arrête là.

__ Depuis le début des hostilités, les Ukrainiens de l'ouest affirment avoir pris les armes pour l'Ukraine certes, mais avant tout pour contrer les visions impérialistes de Vladimir Poutine. Et ce qui ressort des conversations, c'est que la perte du Donbass, région russophone et russophile, ne serait pas une tragédie, comme l'explique le blogueur Ostap Drozdov.

Ostap :

Un certain nombre de gens ici se demandent pourquoi se battre, alors qu'il faudrait de toutes les manières arriver à un compromis sur la séparation du Donbass. Le Donbass, c'est la source des plus gros problèmes et handicaps sur le territoire ukrainien.

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Une position qui serait encore minoritaire et non-assumé, mais qui se répand. Elle devrait peser lourd dans les prochaines élections législatives et le futur du pays.

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