A Tianjin, en Chine, la précarité s'est installée pour la population déplacée de la zone d’habitation sinistrée par l'explosion du 12 août. Les propriétaires de milliers d'appartements ont dû céder leurs biens aux promoteurs chargés de la reconstruction. Philippe Reltien s'est rendu sur place.

Plus d’un mois après l’explosion d’un entrepôt chimique à Tientsin qui a fait 173 morts et laissé des séquelles parmi 13 000 familles déplacées, les promoteurs immobiliers ont repris possession de 20 tours d’appartement rendues inhabitables et lancé des travaux.

Sans consulter les locataires priés de vider les lieux, ils ont revendu leurs appartements au promoteur sans discuter le prix. Felix et Liu ont refusé de signer. Ils s’étaient acheté un appartement au 28 eme étage, leur bébé y est né, ils sont relogés provisoirement à leur frais avec une indemnité couvrant le tiers de leur loyer. Liu et félix sont indignés.

  • «Pas de prix. Je suis furieuse parce que ça bouleverse notre vie »
  • « Ils sont entrés de force dans notre appartement en cassant la porte, sans prévenir, ils voulaient soit disant inspecter la façade de l’immeuble, on n’a jamais reçu le moindre coup de fil. »

Autre cas, celui de Pallace, c’est le nom qu’elle s’est donnée quand elle parle à des étrangers, elle porte un T-shirt blanc ou il est écrit « JE CHERCHE UN TOIT ». Elle a supplié son père, un cadre d’entreprise, de ne pas signer mais il l’a fait quand même de peur de perdre son emploi. Elle dort sur son lieu de travail, sur un sofa d’appoint prêté par son patron.

les évacuations d'habitants s'intensifient à Tianjin en Chine après les explosions
les évacuations d'habitants s'intensifient à Tianjin en Chine après les explosions © MaxPPP/Tong Yu / Tong yu

-« Il y a quelques jours je me suis réveillée en sursaut à cause de l’orage, il y avait des éclairs et du tonnerre, j’ai cru revivre l’explosion. Il m’arrive souvent de rêver à mon chez moi.»

La question des indemnités à verser aux 700 blessés pour les séquelles sera examinée en commissions qui se réuniront toutes les semaines a expliqué le chef du parti local. Les responsables seront désignés en interne, le parti fait son ménage, pas besoin d’avocats, on peut toujours porter plainte. C’est ce qu’a fait Monsieur Wang qui veut bien le confirmer à l’abri dans sa voiture.

« Premièrement, j’accuse l’entreprise qui m’a vendu cet appartement situé trop près à 600 mètres d’un dépôt de produits chimique illégal établi sans permis valable. Deuxièmement, je vise l’Etat qui a permis ce stockage sur la base de certificats falsifiés d’une entreprise marron » CORRUPTION ? «Je ne peux pas prouver la corruption, je parle de négligence, les produits comme le cyanure ne figuraient pas sur la liste. Troisièmement, j’accuse l’Etat qui n’a pas assumé toutes les tâches de contrôle qui lui incombaient.»

Le 12 septembre, un mois après la catastrophe, on annonçait la construction d’un mémorial dédié aux victimes sur le lieu de l’explosion sans autre cérémonie et le lendemain la police dispersait la manifestation des locataires.

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